OUVRIR LES YEUX !

Se promener sur le territoire de Réotier, c’est l’assurance de rencontrer de nombreux témoignages de la vie rurale séculaire de la commune. Mais le constat est sans appel : toutes les traces de ces activités sont en voie de disparition. Il est évident que ce qui a donné naissance à ce paysage n’existe plus. Les ruines de l’habitat rural ne sont plus visibles ou peu, car les fermes d’autrefois ont été rénovées, recyclées, adaptées au mode de vie d’une population tertiaire, retraitée ou en vacances… Par contre les champs autrefois cultivés sont abandonnés, les buissons et les arbres ferment peu à peu le paysage. Un vrai maquis agressif dans le bas du territoire. Les voies de circulation paysannes, inutilisées, deviennent des haies.

Toute cette vie reposait sur la maîtrise de l’eau. Les générations successives créaient, entretenaient, perfectionnaient tout un réseau de captages et de canaux permettant la vie des hameaux et l’irrigation des cultures. Que reste-t-il de ces nombreux ouvrages paysans ? Les canaux secondaires ont presque tous disparu. Seul les canaux porteurs essaient de vivre ; en eau partiellement quand ils ont gardé un petit rôle pour le jardinage, la sécurité incendie, ou l’alimentation phréatique. Il est souvent très facile de repérer les anciens tracés : pour les chemins comme pour les canaux. La plateforme ou le chenal concentraient des particules fines plus fertiles pour la végétation. Ainsi dés leur abandon ou absence d’entretien, les arbustes ou les arbres s’y développent vite et prospèrent. Des alignements retracent dans le paysage les anciennes emprises. Emprunter ces anciens tracés est souvent compliqué ou impossible.

La peyra alimentant les filioles de l’ancien,quartier du château, Derrière la Combe. Le chenal reste visible. Le pin y prospère

Nous vivons sans doute les dernières années d’une lisibilité de l’organisation ancienne de l’alimentation en eau et de l’irrigation.

Essayons de reconstituer la mémoire de ce patrimoine pendant qu’il est encore temps.

 

MERCI.

 

En commençant les travaux d’enquête ou de recherche sur « L’eau et ses usages à Réotier », je ne savais pas que deux ans avant un jeune chercheur avait fait une partie du travail. Pour rédiger le chapitre sur l’hydrographie de la commune, je n’avais rien trouvé. La rédaction de l’article est donc originale. J’avais laissé de côté les canaux et l’irrigation pour faire un autre chapitre spécifique. Dés le début des recherches je suis tombé sur le remarquable mémoire de Florian Cibiel : http://sgmb.fr/lasgmbetlescanau/version-pre-finale-memoire-briancon-le-04sept2016-v2.pdf

 

Le cadre de ce travail dépasse largement notre petite étude locale, mais Florian Cibiel est venu sur Réotier. Il a rencontré Michel Collomb et arpenté les rives de nos canaux avec Marc Castellacci. Bref, c’est lui qui aurait du faire notre travail. Hélas pour nous, la qualité de son mémoire et les perspectives qu’il ouvrait n’ont pas débouché sur une prise en compte de ses connaissances et compétences lui permettant, professionnellement, de rester dans le Briançonnais. Contacté et répondant rapidement, il m’a confié sa déception de n’avoir pu aller plus loin dans sa démarche de valorisation et de sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel. Travaillant sur Lyon, il me laisse donc le soin de mener seul la rédaction de l’article. Il m’a fourni quelques explications complémentaires.

Je vais donc exploiter son mémoire, et l’article sera évidement cosigné, puisque de très nombreuses informations lui appartiennent.

Qu’il soit remercié pour la richesse de son travail et pour son autorisation de l’utiliser.

Je salue aussi l’action remarquable de la SGMB en faveur du patrimoine de notre région http://www.sgmb.fr/lasgmbetlescanau/index.html. Son président Raymond Lestournelle joue un rôle déterminant dans la vitalité de cette « institution ». Le regretté Claude Dumont a quant à lui fourni une remarquable contribution par ses travaux sur l’irrigation : recherches techniques anciennes, archives, cartographie à la main et au décamètre, photos.

REOTIER : VIE ET MORT D’UN ADRET AGRICOLE

 

UNE ÉCONOMIE RURALE DE SUBSISTANCE :

 

Il n’y a pas de doute sur l’occupation humaine des terrains les plus favorables de notre commune depuis l’antiquité. Il faut avoir à l’esprit que le climat à l’époque romaine était plus chaud qu’à la notre. Les glaciers des Ecrins n’étaient pas plus glorieux qu’aujourd’hui, peut être encore plus réduits ?. Ce réchauffement climatique avait permis la remontée des hommes derrière les glaciers qui se retiraient. L’occupation des pentes de plus en plus élevées va devenir systématique au moyen âge. Les techniques agricoles évoluent, la production aussi et la population augmente.

Le système féodal encadre l’élargissement de l’espace utile générateur bien sûr de recettes fiscales pour les dominants de l’époque. C’est une période de grands défrichements, de transformation des terroirs agricoles et de leur morcellement. C’est pendant le moyen âge que sont crées les hameaux, construits les champs en terrasses, tracés les chemins et creusés les premiers canaux.

Terrasses de Derrière la Combe. Murettes de soutènement en partie détruites par le pacage des ovins. Au premier plan, un témoignage de plus en plus rare : une peyra encore visible. Son eau venait du Rialet. Pour franchir le dos rocheux au dessus de la Combe, le canal avait été construit sur des murs de pierres suivi d’un ton derrière les maisons avant de déboucher dans les champs et de peut être continuer vers le château ?

Pour des raisons de sécurité, l’habitat s’établit d’abord sur les parties hautes : Réotier (aujourd’hui quartiers de l’église et de La Combe), les Casses et la Bourgea. Il est certain que le Plateau de Pinfol était mis en valeur comme celui bien plus haut, dit de Rabastelle.

LA CRISE DU PETIT ÂGE GLACIAIRE

Rabastelle justement permet de comprendre la suite : le terme signifie « lieu abandonné ». Pourquoi cet abandon ? Tout simplement parce qu’à partir de XVIème siècle le climat se refroidit sérieusement : commence le petit âge glaciaire des géologues qui va durer jusqu’au milieu du XIXème siècle. https://www.glaciers-climat.com/clg/petit-age-glaciaire/ Les glaciers gonflent, pointent leurs langues dans les hautes vallées comme au Pré de Madame Carle. Éleveurs et paysans doivent descendre pour trouver des conditions plus acceptables. Les habitats permanents les plus élevés du Villard, Rabastelle et Pinfol sont désertés ou abandonnés.

Ruines des Collombs au Pré du Bois sur le Haut Villard. Toutes les pentes à gauche étaient nues, cultivées ou fauchées.

Cette évolution du climat oblige à des corrections permanentes du réseau d’irrigation : le petit âge glaciaire correspond à un abaissement des températures, mais surtout à une augmentation des précipitations avec une proportion de neige importante. Pour les paysans, l’eau est plus abondante dans les torrents et les sources. Les besoins d’irrigation sont plus réduits. La durée de la saison propice aux cultures s’est elle aussi raccourcie. Les accidents climatiques sont parfois désastreux : pluies continues, gel tardif ou au contraire épisodes de vraie sécheresse font qu’il y a souvent crise de subsistance. Les populations souffrent.

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET PROGRÈS

Pourtant, parallèlement, l’organisation sociale, politique et administrative se transforme, couplée avec une plus grande sécurité pour les populations et des progrès techniques. Les voies de communication plus rapides, privilégient la grande vallée de la Durance. L’habitat des hauts diminue ; celui des bas augmente. La croissance de la population consécutive à tous ces changements atteint son maximum dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

Comme nous sommes toujours dans une économie d’autosuffisance et non de marché, ce « progrès » a des effets pervers.

Pour nourrir cette population trop nombreuse il a fallu exploiter les moindres parcelles : cela ne suffisant pas, l’exode saisonnier et l’exode définitif ont servi de soupape de sécurité. Il convenait de ne garder qu’un minimum de population pour la saison d’hiver.

C’est dans la période d’un siècle, entre les milieux du XIXème et XXème siècle, que le réseau des canaux dont subsistent les traces aujourd’hui a été recalibré, modernisé et géré collectivement. La reconquête des terres vers le haut a été la règle. Les défrichements ont atteint leur limite supérieure. Il fallait impérativement améliorer les rendements et la production agricole.

Les ouvrages hydrauliques des périodes précédentes ont servi de trame au nouveau réseau. Le cadastre de 1833 permet de se faire une idée exacte de l’occupation humaine, de l’importance relative des hameaux et du tracé des routes, chemins et canaux.

Se repérer par les noms de lieux dans le secteur de Truchet est un vrai casse tête :De bas en haut . Chausset (Chiusset,Ciuset) n’est qu’une ruine en dehors de tout chemin actuel, au bord du Rialet. Les Lajards correspondent à la maison rénovée Averous ; les 3 maisons à droite du chemin sont des ruines, ainsi que celles de « les Heuries » ; sur le chemin du Villar passant ici, coule le canal de Beauregard, dernière modification pour rejoindre directement le Rialet, sans doute après le « cataclysme » de 1856; les deux maisons au dessus du mot Truchet (le 1er) sont rénovées aujourd’hui ; quartier appelé les Guieux par IGN ; la maison sous la chapelle St Roch est la maison Vincent/Hernicot ; à droite de la chapelle St Roch, la maison rénovée Mathieu; quartier appelé Les Lajards par IGN ; ; sous le mot Truchet (2ème) c’est la maison Chaperon ; au dessus , les Guious (Guieux), plus réduits que maintenant , sans doute maisons Castellacci/Buffe (devenu Truchet sur IGN).
L’exemple du plateau de Truchet dont le vocable a recouvert autrefois et maintenant des lieux bien différents. Malgré l’altitude déjà forte, tout l’espace est « propriété » et le morcellement considérable. Ce morcellement hérité du passé rend difficile l’usage moderne de l’espace pour le pastoralisme compte tenu du nombre important de petits propriétaires, quelques fois éloignés du pays. Le groupement pastoral doit avoir l’accord de chacun d’entre eux et signer une convention précisant usage et indemnités.

Au XIXème siècle les conditions pour l’agriculture s’améliorent. Le réchauffement actuel, très lent au début a commencé. L’été de type méditerranéen s’allonge, chaud et assez sec. Les témoignages des premiers touristes des XVIIIème et XIXème siècles permettent de reconstituer le cadre de vie et le paysage de nos montagnes. Pour ce qui nous concerne : torrents bondissants et névés abondants tout l’été. Les hivers sont plus rudes et plus enneigés que maintenant. Les grandes avalanches du Clot, du Vallon et de la Selle « nettoient » régulièrement les talwegs, favorisant pâturage et circulation de l’eau. Depuis les années 60, où elle atteignait encore Pré Michel, celle du Clot n’est pas revenu au dessous de 1900 m.

Sur cette photo aérienne de 1972 du ravin du Clot inférieur, on voit bien le large chenal d’écoulement de l’avalanche atteignant Pré Michel au niveau de Basse Rua. Aujourd’hui, tout est boisé. (Archives 05).

Les besoins en eau pour l’irrigation durant la saison des cultures peuvent être couverts sans problème…à condition de récupérer les eaux généreuses de l’ubac pour les amener sur l’adret par un important travail collectif de génie. Jusqu’au XXème siècle ce sera un labeur manuel ou animal.

Plus de cinquante exploitations mettent en valeur « l’oasis » de Réotier.(voir dossier « Pastoralisme ».

REOTIER : Une commune pastorale

 

Ce n’est qu’au moment du crépuscule des canaux, après la deuxième guerre mondiale, que des engins viendront apporter les dernières modifications au remarquable réseau de canaux de Réotier.

LA FIN DE L’ÉCONOMIE DE SUBSISTANCE

Le progrès n’empêche pas l’exode rural et la déprise agricole. En moins d’un demi siècle Réotier va voir disparaitre toutes ses exploitations. Quand commence le XXIème siècle il ne reste que quatre agriculteurs éleveurs. Exploitations modestes certes mais tributaires de l’économie générale : agriculteurs « européens » dépendants des prix du « marché » et d’acheteurs éloignés pour l’essentiel ; agriculteurs chasseurs de primes et subventions attribuées aux zones défavorisées ; agriculteurs sous surveillance administrative…la gestion de ces exploitations est fragile, précaire. Il faut une belle motivation pour vivre au quotidien ce labeur peu visible, trop peu apprécié à sa juste valeur par la société citadine. C’est leur action sur l’environnement qui semble apporter à leur présence une importance incontournable.

En 2018, une seule exploitante de la commune continue son activité après le départ à la retraite de ses trois collègues. L’activité ne disparait pas totalement puisque les trois partants sont remplacés par deux éleveurs et une éleveuse extérieurs à la commune (Eygliers, St Clement et Crots).

Il y a vingt ans, ce boisement bien régulier de pins était une piste de tracteur. Canaux, lits des torrents, pistes, chemins…sont envahis par cette végétation trés dense dés que les hommes ont baissé les bras.

 

L’adret irrigué de Réotier a vécu. Les friches ont envahi l’essentiel des pentes. Ne restent agricoles que quelques parcelles plates ou peu inclinées, mécanisables. La production traditionnelle est celle de quelques jardins. La « lutte » pour l’eau des canaux subsiste dans les mémoires mais, à quelques micro exceptions prés, l’intérêt pour les canaux d’irrigation a disparu. Le jardinier n’est pas un paysan. Pour arroser, il utilise le plus souvent l’eau de la Fontaine des Rois ! Fini, le tour de rôle pour avoir sa part d’eau. On ouvre le robinet et les tuyaux souples amènent l’eau où on veut. Les tourniquets arrosent généreusement…mais on ne fait même plus attention à ce miracle de l’eau.

 

L’agriculture résiduelle est dans les plaines de l’Iscle et l’Isclette ou les canaux ont été supplantés depuis la fin des années 1970 par l’irrigation par aspersion.

 

CANAUX ANCIENS ET MODERNES : UN RÉSEAU REMARQUABLE.

 

REOTIER ET REOTIER : Le canal du SERRE, légende ou réalité ?

 

Comme déjà signalé, l’appellation Réotier correspondait au site primitif du Moyen Age. Les petits seigneurs de Réotier dépendant du Dauphiné occupaient un site typique de défense avec une tour et une maison forte sur la butte dite « du château », surplombant l’articulation de la vallée, au dessus de l’église St Michel actuelle. En face, sur la butte de Barbein, et un peu plus loin, le « chateau » de Vars, c’était les positions ennemies des évêques d’Embrun.

Vestiges de la terrasse portant l’ancienne tour de Réotier. Il ne reste au dessus que des murs de fondation révélés par des fouilles récentes.

Autour de cette fortification, les gens du seigneur, paysans soldats à leur heure cultivaient les combes cachées de la Grangette et Derrière la Combe, remontant en terrasses sur la butte de Truchet et le vallon du Rialet. Peu nombreux ils avaient construit leur habitat sur les bosses stériles.

Le point faible de cette position perchée, comme pour toutes les semblables, était l’approvisionnement en eau. Seule la combe du Rialet permettait un approvisionnement proche, mais peu abondant avant l’intervention humaine. Le faible encaissement du talweg encore aujourd’hui est la preuve que l’érosion linéaire n’a pas eu le temps et l’énergie contrairement à la voisine Grande Combe.

Les premiers canaux sont sans doute ici, passant sous ou sur les maisons de La Combe, pour rejoindre des citernes taillées dans la roche et surélevées, entre le donjon et la maison forte.

Vestiges d’une ancienne citerne au fond creusé dans la roche. Comme pour les autres édifices du moyen âge les pierres taillées ont été emportées pour construire les hameaux actuels.

Mais cette ressource était aléatoire en cas de crise. C’est pour cette raison qu’un véritable travail de « romain » aurait été réalisé pour amener l’eau directement au château depuis les sources de Pré Michel, par Pra Bouchard. Le canal de Beauregard y trouverait sans doute son origine ?

Ce canal « énigmatique » est appelé Canal du Serre. Il traversait sous l’actuel relais TDF de Truchet, versant est, pour rejoindre le Serre des Buissonas à partir duquel il plongeait directement vers le château. Il n’existe plus depuis bien longtemps mais sa légende demeure. Abandonné sans doute rapidement pour son usage militaire, il fut utilisé par les paysans et quelques tronçons sont encore visibles dans les bois, au dessus de la ligne THT. Il semblerait que l’abandon définitif date d’un glissement de terrain. Il aurait mis à nu le grand chaos de blocs sous le relais. Le placage d’alluvions morainiques gonflé par l’eau du canal, serait devenu une grosse lentille de solifluction. Un brutal glissement de terrain aurait créé une onde de crue dans le ravin de Piolet en aval. La « mémoire » légendaire de ce cataclysme local est transmise de génération en génération.Il est possible que ce glissement ait eu lieu en 1856. Sur l’Isclette une autre crue a eu lieu en 1958,tandis que la plus catastrophique pour les exploitations et habitations de Saint Thomas fut celle de 1963.

Une partie de l’effondrement. Les arbres en haut poussent sur les restes de l’ancienne surface d’érosion glaciaire couverte de dépôts dans lesquels était creusé le canal.

Zoom sur la géomorphologie des lieux : La bosse de la Crête des Buissonas ( Miolin) portant le relais TDF, comme celle de Serre Michel (La Crose) ou celle portant la table d’orientation est un relief résultant de l’érosion différentielle de l’eau et des glaciers. Les couches peu épaisses de roches dures surtout calcaires, redressées presque à la verticale et très faillées appartenant au front briançonnais, tributaire de la puissante faille de Durance ont été grossièrement rabotées par les glaces du DMG (dernier maximum glaciaire) il y a moins de 10000 ans.

La butte des Buisonnas est un amas de roches éclatées, faillées. L’eau , la neige et la glace pénètrent profondément et fragilisent en permanence cet édifice instable.

La déglaciation a entraîné des colmatages accrochés sur les pentes, plus épais sur les replats. La terrasse de l’Aubrée se poursuivait vers le sud en s’amenuisant. Le ravin de Piolit n’existait pas. Il s’est rapidement creusé après le départ des glaciers grâce aux eaux infiltrées abondantes issues de Pra Bouchard guidées par tout un réseau de failles (gros trou dans le pré le plus bas : quand les anciens y mettaient l’eau du canal, elle ressortait le lendemain au Cros). Sa branche nord est beaucoup plus excavée que sa branche sud. Le canal du Serre a été creusé dans ces alluvions rejoignant le bas du Pré de la Bernadette (1400m) à l’épaule 1370 des Buissonnas. Pendant des siècles l’eau s’est infiltrée gonflant les alluvions reposant sur des roches très fracturées en forte pente structurale. Une énorme poche d’eau et de boue s’est vidée brutalement créant la branche sud du ravin de Piolit et dévalant en glissement de terrain jusqu’à la Durance. C’est la fin du canal du Serre, la création d’une zone escarpée, rocheuse, instable sous le relais et une reprise d’érosion rapide des ravins de Piolit.

Le dernier reste rocheux (calcaires faillées, karstifiés) formant un promontoire vertical au dessus du ravin. Déjà isolé de la masse de la montagne, sa durée de vie semble réduite ?

Jusque dans les années 60, les « laves » de Piolit coupaient la route vers St Crépin, obligeant les paysans et leurs charrettes à passer sous le camping actuel pour traverser le cône d’alluvions.

Pendant des siècles, à la disparition du château, les habitants de La Combe, La Grangette et de l’Église n’étaient approvisionnés en eau que par des canaux captant le Rialet ou ses résurgences.

C’est pour renforcer le bassin d’alimentation, que le canal de Beauregard fut dévié vers la combe du Rialet.

Réotier, site primitif de la commune sur le cadastre de 1833. A cette époque le hameau de La Combe compte encore 11 maisons au lieu de 2 maintenant.

 

Dès le Moyen âge, le mot Réotier a servi pour désigner l’ensemble du territoire actuel. Il apparait à nulle part sur les documents administratifs anciens ou récents, en dehors du site primitif.

Mais ce Réotier répondant aux exigences de sécurité du moyen age n’est plus adapté aux réalités économiques des temps qui suivent. Il était plus confortable de s’installer ailleurs vers le bas, car des sources nombreuses existaient. Quant elles étaient insuffisantes, on revenait au système du canal pour les abonder depuis des sources proches, ou surtout depuis les ruisseaux de la Grand Combe et du Rialet.

 

AMENER L’EAU SUR L’ADRET

Florian Cibiel propose une analyse pour le Grand Briançonnais. Il nous fournit le vocabulaire permettant de définir les différents aménagements. Nous intégrons et adaptons tout ce qui correspond à la situation de notre commune. Nous laissons aussi de nombreuses annexes enrichissant le sujet et permettant de comparer avec des communes voisines.

Depuis la sédentarisation des hommes et l’adoption du système agricole, un véritable maillage de canaux s’est créé, selon les usages que les populations voulaient en faire. La vie montagnarde comporte un certain nombre de difficultés pour ses habitants. Le système agricole, étant basé sur une relative autosuffisance, afin d’assurer les réserves de fourrage nécessaires à l’hivernage des bêtes, les hommes ont dû consacrer d’importantes surfaces aux prés, en améliorant également le rendement par une irrigation efficace.

L’irrigation est une technique qui permet des rendements deux à trois fois supérieurs pour les cultures, les prairies et les pâturages (Rousselot-Pailley, 2007).

Jusqu’au XXème siècle amener l’eau est toujours un énorme travail de terrassier car les conduites et tuyaux étanches n’existent pas…du moins pour les pauvres. Comme sur tous les continents, les paysans de Réotier ont creusé des tranchées, de tailles variables pour récupérer l’eau où elle abondait (l’ubac) et la transporter là où on vivait mais où elle faisait défaut (l’adret). Ce sont les canaux.

 

Fonctionnement des canaux gravitaires à ciel ouvert : un peu de vocabulaire.

 

Par canal gravitaire à ciel ouvert, on entend une irrigation gravitaire où l’on fait couler l’eau par gravité, sur la parcelle dans laquelle elle va s’infiltrer (J. Dunglas).

 

La tête du canal

Il faut préciser qu’une partie du canal n’est pas destinée à l’arrosage, il s’agit de la tête des canaux, qui se trouve, de la prise d’eau aux premières parcelles irriguées. Il peut être long de plusieurs kilomètres avant d’arriver dans la zone à irriguer.

Le réseau des canaux d’irrigation gravitaire du Grand Briançonnais est constitué de plusieurs types de canaux que l’on peut hiérarchiser, selon leur volume d’eau apporté aux parcelles.

Ainsi, on peut distinguer le canal porteur ou principal (grande peyra) qui correspond à la partie primaire du système d’irrigation. Depuis ce canal porteur, par l’intermédiaire d’ouvrages d’ouverture ou de fermeture, s’ouvrent perpendiculairement des ramifications secondaires (peyra) et parallèlement aux ramifications primaires, des ramifications tertiaires (filioles).

 

Canal porteur / grande peyra :

Il s’agit de la branche principale du réseau d’irrigation gravitaire alimentant le réseau de canaux secondaires et tertiaires. Toute la ressource en eau transite dans le canal principal.

Canal de Beauregard (section ancien canal de Truchet) : grande peyra et vanne rive gauche d’une une peyra vers Pra Bouchard. Cette vanne comme ses voisines a été fabriquée par les chaudronniers de la DCAN de Toulon ( Direction des constructions et armes navales)

 

Canal secondaire / peyra :

Il est donc issu du canal porteur. Cette branche permet de desservir l’ensemble des parcelles d’une zone du périmètre statutaire secondaire et où seule la quantité d’eau nécessaire est fournie.

 

Canal tertiaire / filiole :

Il s’agit donc d’un petit canal issu d’un canal secondaire alimentant une parcelle en particulier.

Schéma du système gravitaire (SGMB)

 

Le 1 correspond à un arrosage par submersion ou par inondation.

Le 2 correspond à un arrosage à la raie.

 

L’irrigation gravitaire peut se décliner en deux techniques (site du canal de Carpentras) :

Par submersion (1) : Cette technique gravitaire permet d’inonder la parcelle, elle concerne davantage les prés

L’opération peut être longue car elle est directement liée au temps que met l’eau pour imbiber toute la parcelle. Cette technique nécessite alors des quantités d’eau non négligeables. Il faut préciser que cette eau n’est pas gaspillée, puisqu’elle alimente en grande quantité la nappe phréatique. Elle convient plus particulièrement aux prairies.

À la raie (2) : Cette technique, concernant davantage les cultures de pomme de terre, par exemple, canalise l’eau dans des sillons circulant de chaque côté des rangées de la végétation.

Le nivellement des raies doit être optimisé pour que le débit de l’eau soit régulier, autrement dit, ni trop vite en bout de parcelle, ce qui conduirait à une mauvaise infiltration, ou ni trop lentement, ce qui conduirait à une stagnation. Cette dernière technique semble plus économe en eau que la technique par submersion.

 

 

Ouvrages d’art ou ouvrages hydrauliques

 

Un certain nombre d’ouvrages hydrauliques, dits « ouvrages d’art », permettent le bon fonctionnement d’un canal gravitaire à ciel ouvert. Voici une liste non exhaustive de ces différents ouvrages.

Prise d’eau : il s’agit du point de captage de la ressource en eau par le canal. Elle peut être constituée d’un barrage, d’un seuil déversoir et d’une vanne.

Vanne : dispositif pour arrêter ou modifier le débit de l’eau.

Vanne métallique réglable. Canal de Manouel.

Déversoir : dans le canal permettant de déverser de l’eau (volume défini par la taille de l’échancrure) soit dans le milieu naturel soit dans un autre canal (secondaire par ex.).

Deversoir entre deux buses PVC pour départ d’une petite conduite PVC. Canal de Manouel.

Brise charge : ouvrage permettant de réduire la force de l’eau d’un canal ou d’une canalisation (lié à la vitesse de l’eau et la pente du canal).

Siphon : ouvrage permettant le passage de l’eau sous des chemins ou routes.

Aqueduc : ouvrage permettant le passage de l’eau dans des vallons.

Buse : élément de conduite fermée, de natures différentes (PVC, métal, ciment) qui assure l’écoulement et l’évacuation de l’eau.

Buse PVC sur le canal de Beauregard pour traverser « économiquement » une zone d’infiltrations trop importantes.

Barrage sur-élévateur : ouvrage disposé en travers du cours d’une rivière qui permet de surélever le niveau de l’eau dans la rivière pour que cette dernière puisse efficacement s’engager dans la cuvette du canal (SGMB, 2007).

Exutoire : il s’agit du point de rejet du canal en général vers un cours d’eau naturel.

 

 

UN RÉSEAU DESSERVANT L’ENSEMBLE DU TERROIR DE REOTIER

 

QUELS ÉTAIENT LES BESOINS ?

 

Au XIX ème siècle les hameaux sont pleins à craquer. On peut considérer que toutes les pentes jusqu’à 1500m sont agricoles : tout est défriché, les meilleures terres quelques fois plates ou surtout moins inclinées portent les cultures vivrières : céréales, légumes et surtout pomme de terre…le reste étant dévolu aux prés de fauche. Le bétail ne reste sur cette zone qu’au tout début du printemps et en fin d’automne (voir chapitre « Pastoralisme ». Il convient donc d’amener l’eau partout avec un système de distribution à étages correspondant aux différents niveaux altimétriques d’occupation humaine.

 

OBSERVATION DES CADASTRES

LE CADASTRE DE 1833

Il permet de se faire une idée de la situation au moment du maximum démographique.

Tableau d’assemblage du cadastre de 1833.

 

Pas de captage apparent sur le torrent de la Selle.

Le torrent de St Thomas ne porte ce nom qu’en aval de l’Aubrée (Lauberie). En amont c’est Torrent du Villar. Le canal de Lauberie est tracé : captage un peu en aval des maisons de Roumeyèr. Il se perd dans l’extrémité sud de la clairière de Lauberie (4 maisons ; 4 filioles).

Les Ravins de Piolet et des Eyssarts bien sont figurés.

Le Canal de Beauregard est capté sur le torrent du Villar un peu en amont de Roumeyer : très vite il se divise en trois branches : une amont rejoint Basse Rua (passant sur l’actuel captage de la Fontaine des Rois) et poursuit en amont de Mikéou sous le nom de canal du Clot ; Après les Combes une branche va rejoindre le ruisseau de la Grande Combe ; une autre descend vers le plateau de Truchet et la Bourgea sous le nom de Béal Neuf. Une autre dérivation plonge directement sur le début du canal de Lauberie.

La branche principale, dans l’axe du captage est le canal de Beauregard. Une courte section rejoint prés du départ le canal de Laubérie. Il est renforcé par un canal sans nom (canal de Truchet) issu des Fontaines venant de Pré Michel ; il lui est parallèle en amont jusqu’au pont actuel à l’entrée de Pra Bouchard.Il se dirige ensuite vers  » le Pré de la Bernadette » sous le nom de canal d’arrosage; un tracé douteux passe versant est de la crête des Buissonnas ou se trouve aujourd’hui le relais TDF,rejoignant le ravin de Piolet. Il renforçait son alimentation pour les habitants du Cros (Les Jourdans).

Le ravin du Rialet est figuré en aval de Chausset . Il finit dans un canal longeant la plaine de L’isclette où arrive aussi le ruisseau de la Grande Combe. Son absence en amont semble accréditer, le non raccordement en aval du Pré de « la Bernadette » en 1833 et conforter l’hypothèse de la modification du tracé de Beauregard après 1856 ?

Le Canal de Manouel est capté dans le torrent du Villar au niveau des Bruns comme aujourd’hui. Il passe sous la maison de Cériès. Il croise le torrent de la Grand Combe à sa «source » . Il se dirige sur les Casses comme maintenant avec le nom « canal de Manouel et de la Pisse ». Deux courts tronçons isolés à l’ouest du hameau en amont et en aval de la route des Clots (Toumone ?).

La source du Goutail alimente un court canal vers l’ouest en courbe de niveau et un autre dans la pente sur Pré Imbert jusqu’à la Durance avec à l’est un petit ruisseau isolé.

Sur la Grand Combe, au niveau des Sagnes, part le canal de Coste Moutette vers les Garniers passant audessus du Fournet. Après les Garniers il deviendrait le canal de la Garge (ou Gargue), passe à l’ouest des Mensolles pour rejoindre l’extrémité ouest du canal de l’Iscle et la Durance.

Un moulin est figuré rive droite de la Grand Combe ainsi qu’un canal sans nom allant au dessus du Fournet. En aval partait aussi le petit canal de Pré Toscan.

En amont sur l’autre rive un canal sans nom va aux grands prés au dessus des Eymars.

Le ruisseau de la Fontaine Pétrifiante est figuré mais pas nommé.

 

LES CADASTRES ULTÉRIEURS

La consultation du cadastre de 1936, mis à jour pour 1984, n’apporte pas beaucoup d’informations supplémentaires. On constate que le patrimoine d’irrigation est bel et bien hérité de siècles passés. Pour l’essentiel de la période précédant le petit âge glaciaire quand le climat était plus chaud, plus sec avec des besoins d’irrigation impératifs. Le cadastre napoléonien établissait déjà l’inventaire d’un réseau séculaire.Que peut-on rajouter ? Que la nomination des lieux connait des variations tenant sans doute à des déformations par les agents réalisant le cadastre (ex : ravin de Piolit francisé en Piolet ? L’Aubrée aujourd’hui c’est L’Aubrie,Laubérie et l’Aubérie)). Que l’activité agricole au Villard occupait tout l’espace en aval au dessus du ravin de St Thomas avec deux canaux respectivement vers la Fontette et vers l’Adrech. Que le canal d’arrosage de Pra Bouchard rejoignait bien le ravin de Piolit, pour permettre d’avoir de l’eau au Cros. Que le niveau de la nappe phréatique de la Durance affleurait la plaine de l’Iscle, maintenant entre Relarq et Restrech, deux canaux originaux : le Bial et surtout le Gros Bial, très large (30m). L’enfoncement de la nappe les a fait disparaître.

Le cadastre actuel, numérisé, n’apporte lui aussi que des correctifs mineurs puisque ne tenant pas compte de l’état réel des canaux mais seulement des tracés anciens,repris mais sans vérification sérieuse.

 

 

QUELLE ÉTAIT LA RESSOURCE ?

La même qu’aujourd’hui (voir chapitre « Hydrographie ») avec des débits supérieurs en moyenne aux actuels, pour les raisons précédemment énoncées.

Consultable sur les sites louisvolle.fr et reotier.fr

 

Le torrent de la Selle, excentré, haut en altitude pour Réotier n’est utilisé que pour la clairière de Bouffard. Plus bas, il est exploité par Saint Crépin.

 

Le torrent de Saint Thomas est la providence de notre commune, bien qu’un peu éloigné. C’est lui qui fournit, directement ou indirectement, la plus grosse partie des prélèvements.

Suberbe torrent de Saint Thomas qui partage ses eaux ici : à gauche vers St Crépin, a droite vers l’Iscle.

Un véritable escalier de captages, a été mis en place pour lui soutirer la ressource pour chaque niveau :

Rive gauche, à 1800m, partait un premier canal rejoignant Aile Froide aux Grands Prés, passant au dessus des Eymars. Il distribuait gravitairement toute la pente jusqu’au Villard. Abandonné depuis plus d’un demi-siècle, le fossé de la grande peyra (tronçon principal) est recyclé aujourd’hui par les éleveurs bovins du groupement pastoral qui ont « enterré » sur son tracé une conduite PVC permettant d’alimenter les bassins pour les vaches, au dessus des Ponses.

Abreuvoir des Grands Prés. Les vaches boivent bien l’eau du torrent de Saint Thomas (du Villar).

 

Rive droite, sous le pont 1711 de la route de l’Alp, se situe le plus gros captage de la commune, alimentant le canal de Manouel dont il sera question plus loin. Il était vital pour La Bourgea, Fontbonne et surtout les Casses. Autrefois, un petit canal partait aussi, rive gauche, vers les Bruns et le Villar.

Les Bruns. L’ancien canal passe au pied de la murette. Essayer de suivre son tracé jusqu’au captage du torrent de Villar est périlleux. Les épineux agressifs y prospèrent.

Rive droite, vers 1590m était capté le canal de Mikéou (canal du Clot) , passant entre le Clot et Basse Rua, Pré Michel, Mikéou pour irriguer les combes au dessus de la Bourgea.

Rive droite 1540m : c’était autrefois un captage aussi important que celui de Manouel. Il alimentait les canaux de Beauregard (voir plus loin) et Truchet, et sans doute bien avant le canal du Serre. Les modifications hydrologiques (moins de débit, prise pour Manouel, pertes…) ont fait disparaître ce captage direct. La récupération des nappes de la Fontaine des Rois (alimentée elle-même par des dérives d’origines géologiques des pertes en amont, du torrent de Saint Thomas se fait sur une branche désaffectée et retourne donc au torrent de St Thomas.

Le captage primitif du canal de Beauregard était ici. Son départ est encore marqué par les montants bricolés de l’entrée à l’initiative de Gut Rostan. Ce lieu est abandonné de tout entretien. Les traces de plusieurs captages sont perceptibles, rendus nécessaires par la détérioration rapide des premiers mètres de canal traversant une pente instable, très raide.
Le tronçon primitif du canal de Beauregard se perd désormais dans une véritable jungle.

Rive droite vers 1400m partait autrefois le canal de l’Aubrée (Laubérie), dont les parties les plus « acrobatiques » sont assez bien conservées dans les rochers sous la table d’orientation.

Archives 05 :1943 : Versant est, au-dessus de la plaine de L’Iscle. A gauche dominé, par la bosse des Buisonnas aujourd’hui coiffée du relais TDF, le ravin de Piolet dont le cône de déjections n’est pas encore boisé. La bosse est « chauve » à cette époque. Sur sa droite, dans les bois, la clairière de l’Aubrée, déjà abandonnée par ses habitants, est bien attaquée, « cernée » par la végétation. A droite, le cône de St Thomas, entretenu comme maintenant par la famille Eymar (Michel).

Rive droite vers 990m partait le canal de St Thomas, dont le captage (il y avait un vieux moulin à céréales) est aujourd’hui remplacé par celui servant à l’aspersion de StThomas et la plaine de l’Iscle. Ce torrent assure donc toujours la prospérité agricole de la plaine. Mais il le paie cher : dés le début de l’été, il n’a plus assez d’eau pour gagner en surface la Durance. Lui faisant face, rive gauche, un captage continue d’alimenter l’arrosage du secteur des Ponces sur St Crépin.

Torrent de Saint Thomas : le captage pour le réseau d’aspersion.

 

Notons qu’en aval, la partie inférieure de la plaine de l’Iscle, récupérait un peu d’eau du ravin de Piolet (au dessus du camping de la Fontaine), qui autrefois, était alimenté par les pertes du canal du Serre (sous le relais TDF) et le canal d’arrosage (1833). Le glissement de terrain (voir plus haut) a mis a nu le chaos de blocs sur le passage de l’ancien canal. Au dessus de l’actuel camping et de la route, le talweg a été déplacé et canalisé.Au bas du ravin des Eyssarts un petit canal traversant le camping allait vers l’Iscle.

Le ravin de Piolet partie terminale artificielle.

 

Le torrent du Clot (Riéou): C’est lui qui aurait alimenté aux origines le canal de Manouel ? La carte IGN figure encore ce tracé originel depuis la courbe 1740m. Aucun indice sur le terrain ne permet de retrouver cette section ancienne du canal ? La encore les changements climatiques ont eu raison de l’écoulement aérien du torrent, qui n’est permanent après la fonte des neiges, qu’en aval de Céries et chaque année de plus en plus bas.

Le phénomène de « pavage » (lit du torrent constitué en surface de blocs ou d’éléments grossiers provoquant un écoulement au dessous, sur une couche colmatée imperméable) fait qu’en dehors des hautes eaux, l’écoulement n’est visible que ponctuellement.

En 1833 le captage se fait déjà au torrent de St Thomas. En 1966, le tracé à l’air libre, est refait avec des moyens mécaniques modernes. Entre Cériés et le captage de St Thomas, ce tronçon est désormais busé, souterrain. Cette eau de St Thomas qui alimente le canal, renforce aussi l’écoulement du talweg naturel du Clot.

Céries : sortie du tronçon enterré du canal de Manouel. Crée en 1966 depuis le captage du torrent de St Thomas.

 

Autrefois il fournissait un peu d’eau, avec le ruisseau temporaire de Pré Michel (dit Coumbaret) pour les prés du Clot, Pré Michel, Mikéou et les Combes.

L’essentiel de ses eaux sert aujourd’hui à abonder les nappes phréatiques et sources entre Basse Rua et Truchet, renforçant le canal de Beauregard,connues à Réotier avec le vocable « Les Fontaines »

 

Le Rialet, descend la combe, en aval de Truchet. Renforcé sans doute depuis le Moyen âge par les canaux de Beauregard et du Serre, il a eu un rôle stratégique jusqu’à la mise en service de l’adduction de la Fontaine des Rois. Il alimentait tous les habitats entre le château et les Sagnes.

Le Rialet à Boulourenc : un bel exemple de l’anarchie lié à l’abandon agricole. A droite le »lit » du Rialet, artificiel et canalisé depuis le moyen âge. A gauche du tronc calciné lors de l’incendie de 2008, la plus grande partie des eaux du Rialet, coule en nappe sur les anciennes terrasses dont les murs s’effondrent. En aval de Chausset (Ciuset) le talweg encombré d’arbres effondrés ne permet plus à l’eau de suivre un tracé normal.L’ensemble de la combe de Bélourenc se transforme en milieu humide.

Les captages étaient nombreux sur ses deux rives. Un canal couvert allait sans doute aux réservoirs du Château (vestiges enterrés à La Combe). Il alimentait directement la Cure et les Sagnes, par des captages toujours utilisés.

Le captage pour la Cure à Fouanane. Reconverti vers les Sagnes après la mise en route de l’adduction de la Fontaine des Rois. Il a été rénové en 2016 par Eugène Buffe. Le canal en dessous vers les Sagnes, reste bien visible.

Le terme « les Sagnes » témoigne de l’importance des infiltrations, des sources et d’un riche milieu humide. Il fournissait de l’eau pour les champs des Moulinets ; en amont comme en aval. Aujourd’hui, rive droite, à 920m, au dessus de l’Isclette, il est capté pour alimenter l’arrosage par aspersion de la plaine.

Le captage du Rialet pour l’arrosage par aspersion de l’Isclette. Pour l’hiver le chenal alimentation du regard est retiré. Le plymouth est aussi de la partie pour renforcer le système par l’eau de la Grande Combe depuis les Moulinets.

Son ancien fossé au delà de la voie de chemin de fer est encore visible et alimenté.

Le talus de la ligne de chemin de fer est un barrage. Un passage souterrain permet au Rialet et à la conduite pour l’aspersion de rejoindre la plaine.

 

Le ruisseau de la Grande Combe, (appelée Combette aux Sagnes ?), totalement sur l’Adret, n’a un écoulement aérien, qu’au dessous de 1120m en aval des Sagnes. Son alimentation est abondée aujourd’hui par un trop plein de la Fontaine des Rois, depuis le réservoir du Villaret, dérivé jusqu’à son talweg pour éviter des problèmes d’inondation au Fournet. Vers 1460m il profite d’un renfort du canal de Manouel et servait beaucoup aux habitants de La Bourgea..

Son bassin d’alimentation est vaste, avec le « joker » inestimable de la combe supérieure cachée de Manouel, bien enneigée tardivement. Avant la réduction de son débit du au changement climatique il était capable de fournir l’énergie hydraulique au Moulin et aux Moulinets Hauts.

Pour l’irrigation, il alimentait rive droite à 1120m, le canal du Fournet (Coste Moutette), pour les cultures jusqu’aux Garniers et aux Mensolles. Après Les Garniers il devient Canal de la Gargue (ou Garge).

Le ruisseau de la Grande Combe à son arrivée dans la plaine.

 

Plus bas, il alimentait toute une série de petits canaux, sur Clavelle, les Moulinets, La Gagière, Pré Toscan . Après quelques jardins au-dessus de la station d’épuration et de la ligne de chemin de fer, Il finit dans la Durance par son ancien lit canalisé, longeant la voie ferrée, en amont de l’Isclette. Avant son remplacement par l’aspersion, il arrosait la plaine.

La station d’épuration à Rome et ses champs épandages sur roseaux.Elle est bien séparée du ruisseau de la Grande Combe dont le chenal est endigué plus haut pour rejoindre le pont de la voie ferrée.
Le ruisseau de la Grande Combe arrive à l’Isclette en passant sous la voie ferrée. L’abondance d’eau au pied du versant de Réotier, a obligé le PLM qui construisait la ligne dans les années 1880 à réaliser de nombreux petits ouvrages d’art pour permettre à l’eau de s’échapper.

 

On pourrait mentionner quelques petits canaux sur le Goutail et Pré Imbert, alimentés par de grosses sources captées.

Au Goutail, source à l’automne et départ des canaux.

 

 
La réalité est plus complexe : si les sources en aval des Casses ont un débit soutenu et régulier entre mai et septembre, il faut en attribuer la bonne santé aux infiltrations du canal de Manouel. C’est lui qui garantit leur vitalité, en particulier pour celles du Goutail et de Pré Imbert. L’abondance des eaux avait obligé le PLM à faire un petit canal collecteur pour protéger le talus portant les voies qui franchissaient le ruisseau sur un pont. Aujourd’hui ce passage est emprunté par la conduite inférieure de l’Isclette pour l’aspersion.

C’est donc une multitude d’ouvrages de taille variable qui permettaient d’irriguer tout le terroir, ou presque. La zone de la Clapière et toute la pente inférieure vouée aux vignobles étaient hors du réseau.

 

On voit bien pourtant que deux ouvrages majeurs conditionnaient l’essentiel du territoire. Ils ont été étudiés bien sûr par Florian Cibiel dont nous compléterons l’analyse.

 

 

Le Canal de Manouel

Le canal de Manouel entre la Croix de Manouel et Cériès. Une grande esthétique paysagère mais on mesure le danger qui menace de nombreux canaux : l’envasement du chenal et donc le trop faible encaissement. Dés qu’un barrage accidentel survient, c’est la perte assurée par la rive aval qui s’érode rapidement.

 

Le nom « Manouel » ne peut être expliqué avec certitude. Néanmoins, on peut se questionner si le nom de ce canal ne renvoie pas à Emmanuel, un propriétaire ? Ou à l’occitan « man » pour « main » et désigner par exemple un objet qui se tient à la main, en lien avec le canal ?

Je pencherai pour l’explication de Pierre Chouvet : manhüe mot celte qualifiant « la grande forêt » ?

 

Le canal de Manouel a le chenal comptant le plus de tronçons couvert de lauzes dans tout le Briançonnais. Hélas de nombreux tronçons sont très abîmés, en amont. Ce qui explique que l’eau se perde et n’arrive plus en fin de saison.

 

Sur la carte de Florian Cibiel on voit très bien, le changement majeur de tracé. Au départ le canal de Manouel aurait été le canal du Torrent du Clot, alors que celui de Beauregard aurait été celui du Torrent de St Thomas. Mesquinerie des changements climatiques, c’est aujourd’hui l’inverse. Les adhérents de l’Asa de Manouel, puis la commune, ont du s’adapter et à partir de Cériès aller chercher les eaux du torrent de St Thomas, plus abondantes de manière régulière.

Partie terminale du canal de Manouel qui passe sous la route de Pinfol,pour plonger directement sur les Casses. Début septembre 2017 l’eau n’arrive plus.
Au même endroit le 18/07/2018. Il n’a pas plus depuis un mois mais après le bel hiver 2017/2018 très enneigé, l’eau est encore abondante dans les nappes et dans le torrent de Saint Thomas.

 

Ce canal « supérieur » de la commune est le plus long (5,710km). C’est aussi le plus spectaculaire avec de longues parties en lauzes. Très esthétique il a bénéficié de deux corvées dans sa partie médiane au cours de l’été 2017. On pourrait croire à un regain de responsabilité des bénéficiaires ? Ce n’est pas sûr. La motivation de la présence à ces corvées n’était elle pas le droit à un tarif réduit pour un lot de bois à la coupe affouagère ? Peu importe ; la visibilité du canal est meilleure. Notons que le fait de longer le canal peut être dangereux à cause des câbles ou barbelés divers, ancrés sur des piquets de fer mis en place il y a quelques années pour protéger les rives du piétinement du bétail. Les herbes hautes et les broussailles les rendent peu visibles.

Le vieux partiteur pour Fontbonne. Roger Brun a été le dernier a dévier l’eau avec l’étanche très sommaire encore présente, dans les années 90, pour arroser ses champs de Rouméyère (La Fontette et Escoffière en réalité). S’il laissait l’eau un peu trop longtemps, elle ressortait dans l’écurie Doméni au Fournet. Les infiltrations sont bien une des composantes essentielles du rôle des canaux dans l’alimentation des nappes dépourvues d’un substantiel régulier.

A noter aussi que le tracé du canal sur IGN est aussi erroné en aval du pont de la Croix de Manouel. Ce tracé est ancien. Il a été en grande partie détruit lors de travaux forestiers. C’est désormais une piste de tirage de bois. Florian Cibiel a fait la correction sur son document cartographique. Du pont il descend droit vers la citerne 1545 qu’il alimente, au bord de la piste de la carrière. Il continue au dessous puis rejoint en oblique le talweg de la Grande Combe au point 1435, où il retrouve l’ancien tracé.

Les citernes DFCI 1545 au bord de la piste de la carrière. Delà part aussi la conduite souple vers les champs des Combes pour remplacer l’eau du canal de Mikéou qui n’arrive plus.

Il est probable qu’au moyen âge, un canal partait de l’extrémité du tronçon détruit (grande Combe 1580m) pour rejoindre les terrasses de Rabastelle, aujourd’hui boisées mais où l’on trouve encore de nombreux vestiges de murs et murettes.

Le partiteur pour La Bourgea, désormais inutilisé ; en excellent état (18/07/2018).

 

Ce canal, vital pour les habitants des hameaux de la Bourgea, de Fontbonne et des Casses, dérivait une partie de ses eaux dans leur direction. Le départ des peyras des deux premiers est encore visible malgré un abandon très ancien. Les Casses utilisent toujours l’eau du canal pour les jardins et les prés. Mais la encore le changement climatique et les longues périodes sèches d’été, les nombreuses pertes en route, font que le débit du canal baisse progressivement et n’arrive plus au terminus en fin de saison.

Avec la disparition du canal de Mikéou, il est capté au niveau des citernes DFCI par des tuyaux descendant sur les champs et prés des Combes.

 

CARACTÉRISTIQUES

 

Informations générales
Structure gestionnaire Commune de Réotier
ASA en sommeil
Prise d’eau Torrent Saint-Thomas
– Prise d’eau avec chenal béton
– Deux vannes métal régulatrices
Exutoire Rivière de la Durance
Commune traversée Réotier
Longueur totale
Dont ciel ouvert :
Dont sous tuyaux :
5,710 km dont 0,6 km abandonné
4,110 km
1 km
Altitude et Dénivellation 1711 => 877 = 834 m D-
Débit
Année/Epoque de construction connue Existe au XIV éme siècle. Plusieurs campagnes de travaux avant et après la dernière guerre.
Transformations récentes 1966 reprise du captage et passage en souterrain jusqu’à Ceries
Informations annexes
Etat du canal En fonction partielle ; détournement avec source vers le village
Matériaux principaux Terre ; Lauzes ; Ciment ; PVC
Mode d’irrigation Gravitaire
Type de cultures irriguées Majoritairement des jardins
Présence de sites remarquables géolocalisés 10 sites remarquables :
– 6 Particularités techniques
– 2 Ouvrages de type ancien
– 2 Sites hybrides
Perception du canal dans le paysage Faible
Autres remarques Ce canal qui fonctionne encore est le plus long du Briançonnais avec des lauzes. Natura 2000 gère une des parties en lauze, mais ne semble intervenir concrètement

 

 

Position GPS des points de la carte.

Nom Latitude Longitude
Prise d’eau 44°41’14,6’’ 6°34’00,9’’
Buse béton 44°41’14,4’’ 6°34’01,4’’
Buse traverse route 44°41’11,6’’ 6°34’07,9’’
Ciel ouvert 44°41’00,4’’ 6°34’18,1’’
Buse chemin 44°40’44,4’’ 6°34’38,5’’
Petite lauze 44°40’44,8’’ 6°34’40,6’’
Lauze plus apparente 44°40’42,6’’ 6°34’45,6’’
Buse 44°40’39,3’’ 6°34’46,7’’
Regard lauze 44°40’38,3’’ 6°34’47,4’’
Ciel ouvert 44°40’37,3’’ 6°34’50,0’’
Buse chemin citernes incendie 44°40’36,6’’ 6°34’51,5’’
Descente 44°40’36,4’’ 6°34’51,5’’
Canal Mikéou abandonné lauze 44°40’34,1’’ 6°34’57,1’’
Fin descente Manouel 44°40’33,5’’ 6°34’56,8’’
Lauze 44°40’32,6’’ 6°34’56,3’’
Lauze plus apparente descente 44°40’24,3’’ 6°34’52,4’’
Virage descente lauze 44°40’22,8’’ 6°34’52,4’’
2 vannes peyra abandonné toujours lauze 44°40’22,4’’ 6°34’52,7’’
2 vannes mur béton 44°40’21,0’’ 6°34’53,5’’
Lauze 44°40’20,8’’ 6°34’54,0’’
Buse 44°40’19,9’’ 6°34’54,6’’
Fin buse 44°40’17,5’’ 6°34’54,4’’
Ton buse 44°40’13,6’’ 6°34’53,0’’
Fin ton 44°40’12,3’’ 6°34’53,2’’
Fin grande lauze 44°40’11,4’’ 6°34’53,1’’
Lauze cascade très beau 44°40’07,0’’ 6°34’51,0’’
Fin cascade 44°40’06,6’’ 6°34’50,5’’
Beau passage panoramique 44°43’57,6’’ 6°34’46,5’’
Buse 9M 44°39’’55,7’’ 6°34’42,7’’
Buse grille 44°39’55,8’’ 6°34’42,4’’
Buse route descente infiltration 44°39’54,4’’ 6°34’38,1’’
Sorte d’exutoire puis infiltration alimentation d’autres sources 44°39’42,9’’ 6°34’52,3’’
Dérivation sources 44°39’44,5’’ 6°34’55,2’’

 

Ici s’infiltrent les eaux de Manouel dans les terrasses autrefois cultivées du Champ Blanc

 

Le Canal de Beauregard

Esthétique et fragilité ! Ce canal passablement colmaté par les 980, donc peu profond,voit régulièrement sa rive inférieure menacée par l’affouillement, les crues ou pire, par sa destruction sous les sabots des bovins du groupement pastoral. Inexorablement l’eau retourne alors au torrent de Saint Thomas, collecteur principal en aval.Une surveillance de son état et un entretien régulier sont indispensables mais…

Le nom « Beauregard» désigne un lieu où l’on a une belle vue. En effet, il traverse une butte qui surplombe la vallée de la Durance.

Vestiges du chevalement de bois qui portait le canal de bois permettant sur les premières dizaines de mètre de sortir l’eau du torrent de Saint Thomas pour l’amener au canal creusé dans la pente, et encore existant. Ce captage « bas » du canal était commun au canal disparu beaucoup plus tôt de l’Aubrée (Laubérie).

 

A l’origine il s’alimentait directement dans le torrent de St Thomas, mais comme nous l’avons dit, le captage et le premier tronçon dans une pente très raide, avec obligation de traverser un talweg très creux nécessitant un « aqueduc », ont posé des problèmes d’entretien.Les arrosants de St Thomas s’opposaient avec virulence au maintien de ce tronçon par ceux de Réotier qui venaient « leur voler » l’eau !

Les ruines de l’ancien aqueduc, franchissant le ravin du Clot, sur le tronçon original du canal de Beauregard. Son espérance vie est désormais bien limitée.

Peu de moyens, peu de volontaires, une activité en chute libre ont fait qu’après plusieurs réparations « bricolées » jusqu’aux années 80, ce tronçon a été abandonné au profit d’une bretelle plus facile à aménager et entretenir récupérant les eaux du Clot et de Pré Michel… connues à Réotier avec le vocable « Les Fontaines »,en concurrence avec le canal de Truchet parallèle, jusqu’à Pra Bouchard.

Le captage de la Fontaine des Rois (1992), récupère les sources alimentées par des pertes du torrent de St Thomas sous Barret. Il assure une alimentation de grande qualité pour la commune. Cette adduction a révolutionné la vie quotidienne des habitants.
En aval de Basse Rua et de Pré Michel, les ruisseaux du Clot et du Coumbaret sortent en plusieurs points et assurent une bonne alimentation aux canaux de Beauregard et de Truchet.

A l’entrée du pré (camp de la marine) les deux se rejoignent depuis l’abandon du rameau vers Truchet. Ce tronçon a même été détruit et remplacé par une piste terrasse entre les rochers de la Crose et les chalets. A partir du pont de Pra Bouchard les relevés tant cadastraux que topographiques sont bien imprécis et peu utilisables. La complexité de l’alimentation est grande avec plusieurs points de récupération de l’eau à des niveaux différents.Pour faire simple en suivant le canal haut de Pra Bouchard on longe l’ancien canal de Truchet, entretenu à minima, récupérant les eaux aériennes ou infiltrées du Coumbaret et du torrent du Clot à Pré Michel. En suivant le canal bas, au dessus des installations de la marine, on longe le canal originel de Beauregard, très peu entretenu. Il s’achève pour son alimentation, au ravin du Clot que franchissait autrefois un aqueduc en bois, aujourd’hui effondré, qui lui permettait en récupérant les infiltrations de la Fontaine des Rois au passage, de trouver son alimentation principale au torrent de Saint Thomas.
 

A la sortie de Pra Bouchard, le canal de Beauregard dont le tracé a évolué au fil du temps (canal du Serre ?) descend rapidement sur le « pré de la Bernadette ».

 

En aval, c’est lui qui traverse le pré dit de « la Bernadette » sur le tracé de l’ancien canal du Serre disparu. Il alimente encore une conduite PVC qui rejoint le ravin de Piolet et le Cros , hameau qui avait de cruels problèmes d’eau.

Le canal de Beauregard à Truchet. Au dessous le « pré de la Bernadette » dominé par la bosse des Buissonnas, chauve il y a un demi siecle, sur laquelle a été construit le relais TDF.

Depuis l’adduction de la Fontaine des rois, cette conduite alimente le réseau d’aspersion de l’Iscle. Passant sous la route du relais TDF, le canal file droit sur les Guieux pour rejoindre la combe du Rialet. Les histoires colportées de bouche à oreille dans les familles disent, qu’entre ce pré de la Bernadette et les Guieux, personne ne voulut donner du terrain pour faire passer le canal. C’est pour cette raison qu’il emprunterait le tracé du chemin du Villar, très pierreux que d’aucuns qualifient de voie romaine ???

Ruines des Heuries avec le canal de Beauregard essayant de rejoindre le Rialet au milieu des pierres de l’ancien chemin.

Ce canal connait d’une certaine façon une nouvelle vie. Mal entretenu et laissé à l’initiative de celui qui la prenait, il était détérioré par le passage des bovins, et une grande partie de l’eau…retournait au torrent de St Thomas. Les usagers de l’aspersion ne demandaient pas mieux !

Illustration de la fragilité du canal de Beauregard : chenal peu profond car colmaté. En hautes eaux la rive détériorée a cédé. Le canal a été siphonné. Réparation de fortune grâce à un tronc d’arbre qui fait provisoirement barrage.

 

Au début des années 2000, des citadins, pire, des parisiens font l’acquisition de la maison Rostan aux Guieux (certains disent Truchet). Ils la rénovent de belle manière mais surtout ils n’acceptent pas de voir que le Rialet naissant disparaisse faute d’une alimentation régulière, historique et substantielle par le canal.

Rialet Beauregard et fontaine Averous (cl. Averous)

Ils aiment la nature, se renseignent, s’entretiennent avec Michel Collomb responsable pour la commune des canaux. Ils n’ont pas peur de se retrousser les manches ; Ils entreprennent de nettoyer le canal régulièrement. Le résultat ne se fait pas attendre : l’eau coule mieux, plus régulièrement, plus longtemps. Le bonheur qu’ils peuvent ressentir avec l’agrément de l’eau devant leur maison est mérité. Ce qui est encore meilleur pour tous, c’est que le Rialet gagne en débit et ne s’assèche pratiquement plus en fin d’été. Les sources sont plus sûres et les canaux vers la Combe ou la Grangette, abandonnés depuis les années 90 abritent des conduites PVC pour arroser les jardins et les prés.

Beauregard avril 2018 . C’est le printemps ! Curetage obligatoire. Bernard Averous à l’oeuvre. (cl. D.Averous).

 

Pour les troupeaux qui passent désormais l’été dans le secteur, il y a possibilité de s’abreuver sans aménagements particuliers. En bas le débit pour l’aspersion à l’Isclette est amélioré.

Merci à Danielle et Bernard Averous pour cet environnement amélioré.

 

Pourtant tout cela est fragile. L’eau est là mais que de pertes ! Le canal a besoin d’un entretien plus « professionnel » avec d’autres moyens : renforcement des rives, busage de quelques secteurs trop détériorés et surtout approfondissement du chenal, colmaté sur de longues distances.

Depuis longtemps le canal de Beauregard ne remplit son rôle qu’à coup d’opérations successives de sauvegarde : ici, embusage d’un tronçon trop détérioré.

Ce canal mérite plus de soins : au-delà de son utilité agricole, son utilité environnementale et patrimoniale est prioritaire. La combe du Rialet est un des plus originaux milieux humides de la région.

 

 

CARACTERISTIQUES

 

Informations générales
Structure gestionnaire ASA Durance Rive Droite
Prise d’eau Ancienne prise d’eau dans le torrent Saint-Thomas
Actuelle plusieurs résurgences du même torrent sous la Fontaine des Rois
Exutoire Système aspersion gravitaire dans la plaine de l’Isclette
Commune traversée Réotier
Longueur totale
Dont ciel ouvert :
Dont sous tuyaux :
2,5 km dont 0,3 km abandonné
2,4 km
0,1 km
Altitude et Dénivellation 1460 => 877 = 583 m D-
Débit ?
Année/Epoque de construction connue Existe au XIVème siècle.
Transformations récentes Alimentation système aspersion gravitaire dans la plaine de l’Isclette
Informations annexes
Etat du canal En fonction partielle ; utilisation aspersion gravitaire
Matériaux principaux Terre ; PVC ; Tôle
Mode d’irrigation Gravitaire
Type de cultures irriguées Prés exclusivement
Présence de sites remarquables géolocalisés 9 sites remarquables
– 1 Ouvrages de type ancien
– 8 Particularités techniques
Perception du canal dans le paysage Très Faible
Autres remarques Il faudrait recreuser la cuvette du canal car il y a actuellement beaucoup de perte d’eau

 

 

 

Position GPS des points figurés sur la carte.

Nom Latitude Longitude
Prise d’eau actuelle avec tôle 44°41’04,9’’ 6°34’47,7’’
Ancien aqueduc bois très beau 44°41’05,0’’ 6°34’48,3’’
Virage 44°41’04,8’’ 6°34’50,4’’
Buse 15M 44°41’02,8’’ 6°34’51,5’’
Infiltration côté amont 44°41’01,8’’ 6°34’51,4’’
Vanne 44°41’01,8’’ 6°34’53,8’’
Buse 20M 44°41’02,5’’ 6°34’57,2’’
Réservoir animaux prenant eau dans le canal 44°40’58,0’’ 6°35’06,6’’
2 buses 8M et 20M 44°40’57,5’’ 6°35’07,3’’
Cuvette ciment 24M puis buse 36M 44°40’56,4’’ 6°35’07,7’’
Jonction canal avec Beauregard 44°40’55,2’’ 6°35’08,4’’
Re jonction deux vannes 44°40’55,7’’ 6°35’08,7’’
Buse chemin 4M 44°40’54,7’’ 6°35’10,9’’
Grand virage descente 44°40’54,7’’ 6°35’13,1’’
Toujours descente 44°40’54,0’’ 6°35’14,2’’
Toujours ciel ouvert longe chemin 44°40’48,4’’ 6°35’19,8’’
Ton buse 44°40’47,5’’ 6°35’20,5’’
Virage droite fin descente 44°40’54,0’’ 6°35’15,8’’
Puis va vers la fin de la montagne vers la plaine de l’Isclette

 

Ce canal est aussi lié à l’existence qui peut sembler exotique d’un« camp de la marine » en pleine montagne. Après la guerre , la DCAN de Toulon rentre en contact avec la municipalité de Réotier. Elle recherche un espace pour organiser des camps de vacance au profit des personnels de la marine. Affaire conclue :Pra Bouchard devient le camp de la Marine. C’est le canal qui assure l’alimentation des besoins en eau.Un petit local « d’intendance », des bacs pour la toilette, des sanitaires basiques éloignés dans les bois, des agrès pour le sport sont les seuls équipements.Jusqu’aux années 90 les camps d’été vont se succéder et animer les lieux. L’entente avec la population est excellent. Les bonnes relations avec la commune se traduisent par des gestes sympatriques et utiles :confection de vannes métalliques, pose de buses ,entretien du site et de la piste, réfection de la Chapelle St Roch …le cadeau le plus spectaculaire étant la confection de la table d’orientation en bronze (1959), véritable oeuvre d’art volée en 2014 et retrouvée miraculeusement ??? dans le torrent de Palps à la limite St Clément et St André par un pêcheur.

 

Ce qui reste des installations du Camp de la Marine, souvent vandalisées, envahies par la végétation.

 

A : Source de la Toumone B : Source de l’Evêque. C : Source de la Fontaine des Rois 1 : Durance 2 :Torrent de Saint Thomas 3 :Torrent du Clot 4 : Ruisseau du Rialet 5 : Ruisseau de la Grand Combe a : ancien canal des Grands Prés b : ancien canal des Bruns : ancien canal du Bas Villard :d :ancien canal du Clot (Mikéou) e : ancien canal de l’Aubrée f : conduite du Cros g : ancien canal de Coste Moutette h : ancien canal de Garge i : ancien canal de Pré Toscan j : ancien canal du Fournet k : ancien canal du chateau AS1 : Captage aspersion de l’Isclette sur Rialet AS2 : Captage aspersion de l’Iscle sur Piolit renforcé Cros AS3 : Captage aspersion de l’Iscle sur Saint Thomas. S : canal « légendaire » du Serre.

 

DETAIL DU VIEUX SYSTEME D’IRRIGATION DANS LE SECTEUR DU FOURNET. A : Le Rialet B : Ruisseau de la Grand Combe C : ancien canal de Coste Moutette D : ancien canal du Fournet E : ancien canal de Pré Toscan F : ancien canal de la Gargue BF : fontaine du Fournet CF : regard et source bricolée du Fournet récupérant autrefois l’eau de Coste Moutette, aujourd’hui la surverse du réservoir du Villaret alimenté par la Fontaine des Rois. (infos de Gil et M. MOURONT ; J.P VINCENT).

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HISTOIRES D’EAUX ? BOIRE ? ARROSER ?

Le partage de l’eau a de tous temps été une préoccupation majeure des sociétés rurales en milieu méditerranéen. Inutile de chercher dans des temps reculés. A Réotier la période qui a suivi la guerre de 39-45 a été celle de la fin de sa société rurale. Les derniers paysans de la commune avaient conservé dans leurs gènes les habitudes ancestrales sur la gestion de l’eau.

La réalisation de l’adduction communale de la FONTAINE DES ROIS est emblématique à ce propos.

 

L’eau n’était pas « courante » pour les usages domestiques. La priorité restait l’irrigation pour les cultures et pâturages. Le confort intérieur des fermes en matière sanitaire n’existait pas ou rarement. Les bassins, fontaines et petits cabanons restaient l’équipement basique pour presque tous. Pourtant le progrès arrivait à Réotier aussi et les jeunes ne voulaient plus vivre comme avant. Beaucoup partaient à la ville ou dans la plaine. Ceux qui restaient se mettaient à transformer peu à peu leurs conditions de vie quotidienne. Chaque hameau modernisa son adduction d’eau, en créant un captage et un réservoir à partir des sources existantes et des canaux. Ces réalisations se firent en dehors des critères techniques et contraintes administratives de maintenant, sans périmètre de protection. Il n’était pas question d’avoir l’avis d’un hydrogéologue. Il fallait donner un peu de pression aux conduites qui en une génération ont amené l’eau courante à la pile, dans une salle de bains et dans des toilettes intérieures. Enfin un peu de confort !

 

Ces équipements de hameaux fonctionnaient plus ou moins bien : on comptait 17 captages de sources pour 15 hameaux ! Inutile de préciser que la mesure de la qualité de l’eau n’était pas un souci. Les canaux étaient toujours là pour « renforcer » les sources, mais en fin de saison l’eau devenait rare. La municipalité dés les années 70 s’inquiète de cet état de fait. Construire de nouvelles maisons sur des sites nouveaux est un parcours du combattant. Pour obtenir le permis de construire et obtenir une subvention sur « ferme isolée » il fallait monter un dossier prouvant qu’on était capable d’amener l’eau d’un nouveau captage sans affaiblir la ressource pour l’irrigation et pour les maisons existantes. La vigilance de Mr Noël le technicien de la DDA était dure. Ainsi quand le bâti s’est implanté à Pré Toscan il a fallu prouver que la source captée dans la Grande Combe, aux Moulinets Hauts, n’était pas un captage du torrent. L’obstacle franchi, le feu vert de l’administration, déclenchait l’attribution de subventions « sur ferme isolée » pour financer en partie la nouvelle adduction (couvrant de la main d’œuvre, du matériel et des « heures d’engins ? ».A Réotier presque tous les secteurs en ont bénéficié.

Les problèmes rencontrés un peu partout avec l’eau faisaient quand même mûrir l’idée d’une adduction d’eau communale de qualité, desservant la majorité des hameaux depuis la plus belle source de la commune : La Fontaine des Rois. Mais qui osera aller y toucher ?

Schéma simplifié du réseau « Fontaine des Rois » présenté en 2011 pour le dossier PLU

 

L’affaire fut difficile à conclure car il y avait de farouches opposants au sein même du conseil municipal. Pour eux, prendre la Fontaine des Rois c’était déséquilibrer le système d’irrigation séculaire. Les plus farouches étaient les agriculteurs. Pas question de payer l’eau ! Il faut être fou pour proposer cela !.. Toutes les tentatives précédentes pour moderniser ce système s’étaient heurté à des difficultés surprenantes. Le Père « Phonse Domeny » intenta même un procès qu’il gagna, pour qu’on ne touche pas au canal du Clot. Le tribunal s’appuya sur une priorité d’usage !

En 1990 le vote « pour » l’emporta, le maire faisant valoir l’occasion à ne pas rater : la commune était encore classée « agricole » (+ de 35% de la population vivant de cette activité) et à ce titre pouvait prétendre à un subventionnement très important, en particulier à partir de fonds européens du FEOGA (Fonds européens d’orientation et de garantie agricole).Les graves problèmes d’approvisionnement des hameaux cette même année, ont accéléré la prise de conscience collective de la nécessité d’une modernisation.

Deux plus tard la population agricole était passée au dessous du seuil des 20% ! Il était temps !

Il fallut bien entendu donner des garanties quant au captage : il ne devait pas affaiblir la capacité d’arrosage, en particulier sur St Thomas ! Le captage a été conçu de telle sorte que ce hameau de la commune puisse bénéficier du trop plein de cette source généreuse. Il suffit de regarder le fonctionnement de cet ouvrage, hors étiage, pour s’apercevoir que l’eau ne part pas toute du coté de « Réotier » !

Été 1991 : les travaux vont bon train. Le maire toujours sur la brèche maintient…la pression.

Quoique il en soit, malgré toutes les difficultés, les humeurs, l’installation fut mise en service en 1992. Sa réalisation étant loin d’être parfaite, la nécessité pour la commune d’être très vigilante s’imposa dés le départ sur la maintenance. Incontestablement, ce fut une étape décisive dans la modernisation de la commune. La vie quotidienne de tous a été grandement facilitée. Il ne viendrait à l’idée de personne de vouloir revenir à la situation antérieure. L’eau de qualité alimente presque tous les hameaux. Seules les Casses dont les habitants ont voulu conserver « leur eau » ne sont pas raccordées…même si la conduite communale arrive à la jonction de la conduite actuelle…pour le jour où ?

La modeste fontaine « de l’Evêque » au Clot devant la maison Escoffier fait encore le bonheur des estivants du hameau et de leurs invités.

 

Le hameau du Clot (Haute Rua), est resté aussi en dehors du réseau. Il a rénové son « historique » source de « l’Evêque ». Rois et Évêques. Des relations qui ont toujours senti le soufre. Chacun son eau donc ?

 

Le captage de la source de la Toumone aux Casses.Sa nappe est renforcée par des eaux du ruisseau de Rabastelle et par le canal de Manouel.

Haut perché et isolé sur son plateau à 1400m, le hameau « éclaté » de Pinfol a toujours lutté pour « son » eau. Un captage rénové l’alimente depuis une source rive gauche du torrent de Pinfol à 1530m. Une piste a été tracée depuis Mikéou et la carrière pour les travaux. Le réservoir situé à la verticale des Oliviers récupère d’anciens écoulements naturels qui ressortaient parfois prés des maisons. Climat plus sec ? Perturbations liées aux travaux, la source séculaire qui coulait dans la maison de Bernard Philippe aux Oliviers n’est plus qu’un goutte à goutte. Les traces du vieux réseau d’arrosage ont aussi disparu.

« Je pense que depuis 1798, date de construction de la maison, et des autres maisons du hameau , le débit de la source avait sûrement baissé d’année en année.La source sortait dans une cavité du mur , au bout d’un morceau de bois qui pourrait être daté, au carbone 14, je crois. La source était acheminée par un canal en pierre encore existant , jusqu’au centre du hameau.Depuis une vingtaine d’années ma source est tarie ( une goutte à la seconde ) » écrit Bernard Philippe.

Les deux photos ne sont que le témoignage d’un souvenir d’eau ?

 

Cette source alimentait une citerne encore pleine aujourd’hui ?

L’ adduction de La Fontaine des Rois a résolu les problèmes du Cros et du camping. Elle va même alimenter St Thomas. Que de temps et de patience n’a-t-il pas fallu pour aboutir à ce bon résultat ?

Bilan : encore un bonus pour l’agriculture. La surverse du réservoir du Cros vient alimenter le réservoir de Piolet pour l’aspersion de la plaine de l’Iscle.

Cette Fontaine des Rois est une source remarquable par son débit, sa qualité de l’eau et le maintien d’un bon débit. En juin 2008 on mesurait 126 m3/h pour 35l/s pour le maximum. Au minimum il restait encore 47m3/h pour 13l/s en décembre 1998. Soit un débit moyen de 20l/s pour 72m3/3.

La fiabilité de la source avait même permis d’étudier une possibilité de mise en bouteille pour le label « Eau des Ecrins ». Velléité abandonnée rapidement.

Les besoins actuels peuvent donc être confortablement assurés. La croissance lente de la population ne devrait pas poser de problème pour adapter la consommation. Les fluctuations importantes saisonnières de population avec le camping et les résidents secondaires sont sans impact sur la distribution par le réseau AEP.

On pourrait penser que le chapitre était clos ? Eh bien non ! Dans le bas de la commune (Mensolles, Gagière, Moulinets) les habitants souhaitant reprendre l’usage des anciens captages pour l’arrosage, se réunirent dans l’Association Réotier H2O pour gérer les difficultés entre arrosants. Ils versent une cotisation mais bénéficient d’une assurance en cas d’accident. Le transfert à terme des installations à la communauté de communes semait la zizanie. En fait cette querelle était sans objet puisque le transfert ne concerne que le domaine public et non le privé. Les petits réseaux du Fournet et du Goutail sont dans le même cas.

La mise en place du réseau d’assainissement a elle aussi montré que tout ce qui touchait à l’eau et à la propriété était susceptible de provoquer des réactions négatives d’habitants dont le résultat est toujours de ralentir les travaux et les rendre plus coûteux.

Une réflexion sur ce qui s’est passé dans « cette histoire d’eau » traduit bien la difficulté de beaucoup de gens à accepter les règles d’une vie sociale responsable.

L’arrivée de l’eau potable et ensuite de l’assainissement a été une étape difficile à franchir, une mini révolution dans la commune. « Pourquoi payer l’eau alors qu’elle va à la Durance » !

La création de l’assainissement à permis de s’apercevoir que les machines à laver allaient directement à la Combe. La mousse blanche qui accompagnait abondamment l’eau du ruisseau, venait en interroger plus d’un, de passage sur la route départementale. Tiens on pollue ?
Le réseau d’assainissement n’est pas simple en raison du relief et de l’éclatement sur le territoire des zones habitées. Ainsi Les Casses ont leur propre réseau d’assainissement avec un ouvrage de décantation-digestion prévu pour 50 habitants. Il en est de même pour St Thomas (station de 50EH) et le Cros, avec le camping) (station de 150EH). Les écarts comme les hameaux de l’Eglise, le Goutail, la Gargue, se conforment aux règles générales d’hygiène publique avec des installations d’assainissement individuel, car les coûts de raccordement à une des stations existantes seraient exorbitants pour un urbanisation stabilisée. Cas particulier du nouveau quartier de l’école à la Clapière dont les eaux usées sont évacuées sur St Clément.

La station principale de Rome à l’Isclette de type filtre plantés de roseaux à une capacité de 300EH. Elle reçoit les eaux usées de La Gagière, les Moulinets, les Sagnes, les Garniers, le Fournet, la mairie, Pré Toscan et les Mensolles.

Des conditions avaient été clairement définies dés le départ du captage de la Fontaine des Rois.Il faut que les agriculteurs soient exonérés de taxe de branchements pour leurs bâtiments agricoles. Pas question de payer l’eau à l’abreuvoir pour les bêtes. Une délibération de l’époque avait été prise en ce sens. La municipalité espère que la Loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) du 7/08/2015, respectera la volonté des élus et des agriculteurs le jour ou le transfert se fera à l’Intercommunalité. Contrairement à des propos rependus par certains, sans fondements, elle s’oppose à toute gestion privée de l’eau.

L’eau est un joyau pour notre commune. Le Maire, les conseillers municipaux, le personnel technique se mobilisent instantanément quand il y a un problème, une fuite. Tout rentre dans l’ordre rapidement sans même faire appel à un « privé » !

Heureusement, un autre joyau naturel, la Fontaine Pétrifiante a (presque) échappé à ce parcours du combattant des élus chargés des projets et de leur réalisation.

 

 

CONSENSUS ET CONVIVIALITÉ.

Grace à ce magnifique système de canaux, l’eau arrive dans les prés et les champs cultivés. Mais en quantité limitée et avec une diminution régulière des débits au cours de l’été. Il faut gérer l’eau collectivement pour que chacun ait sa part et qu’il n’y ait pas de gaspillage.

Une règle tacite était en principe scrupuleusement respectée :on arrose le jour mais la nuit l’eau court !

Pour les petits canaux aux marges du système, la répartition est assez facile car les paysans demandeurs sont peu nombreux. Il n’en est pas de même pour les grands canaux alimentant les hameaux les plus peuplés.

Nous avons la chance de trouver encore des documents d’époque montrant de belle manière la rigueur de cette gestion de l’eau.

Jeanne Domeni du Fournet a conservé, collé sur l’intérieur de la porte du placard de sa cuisine, le tableau de répartition datant du temps de son père Augustin ou peut être son grand père Jean Baptiste.

Beau programme d’arrosage ! Il semblerait que malgré les « vols » de tour de rôle par certains « habitués », personne n’était accrédité à Réotier pour faire une police de l’eau, contrairement à plusieurs communes du Briançonnais.

Les souvenirs de Cathy Vincent vont dans le même sens : « chacun accordait une grande importance au règlement de la répartition de l’eau pour l’arrosage, écrit à la main sur une feuille blanche (jaunie..) et qui faisait office de loi. Quand le ton montait entre les voisins à propos de l’eau, pour moi enfant, ça me rassurait de savoir qu’il suffisait de consulter cette feuille pour remettre de l’ordre dans cette conversation.

C’était extrêmement précis et il n’y avait aucune contestation possible, pas besoin de consulter un conciliateur, le papier suffisait. »

 

 

Réotier fonctionnait comme toutes les autres communes du Briançonnais. Une fois encore laissons Florian Cibiel analyser le système pour l’ensemble de la région. Son étude s’adapte bien au cas de Réotier pour l’essentiel. J’ai sélectionné les parties les plus utiles pour la compréhension et l’enrichissement technique de notre sujet.

 

  • Fonctionnement historique de l’irrigation du Grand Briançonnais

A- Le règlement

Les règlements existent encore aujourd’hui et selon les gestionnaires ASA, ils sont respectés dans des degrés variables.

Pourquoi a-t-il été mis en place un règlement d’arrosage au sein d’un périmètre desservi par un canal ?

Sachant que le réseau de canaux est dense, les relations entre les usagers deviennent rapidement conflictuelles. De ce fait, une mise en place de règles précises de corporation, est apparue nécessaire aux gestionnaires des canaux, les pareries, ancêtres des actuelles ASA.

Ainsi, les communautés d’usagers qui gèrent le canal vont instituer des règles d’arrosage, qui vont avoir pour objectif, la répartition de la distribution d’eau, par individus, à des jours et à des heures précises.

Ce système doit permettre en théorie, de fournir de l’eau à chaque parcelle attenante, sans que personne n’en abuse. C’est donc un modèle cadré et structuré qui se base sur le principe du consensus, afin de fournir une répartition de l’eau efficace aux secteurs arrosables.

Ce type de pratique (règlement et tours d’eau par irriguant) se retrouve au sein de la plupart des systèmes d’irrigations, aussi bien en France (Vanoise, Ardèche, Pyrénées-Orientales…), qu’à l’étranger (Népal, Valais, et même en Egypte-Antique).

Comme dans tout règlement, il est prévu un certain nombre de sanctions. Par exemple, il est souvent interdit aux individus qui ne sont pas irrigants, ou qui n’y sont pas associés, de prélever l’eau du canal.

A cet effet, par exemple, via le règlement du canal Gaillard, il est prévu de sanctionner par une amende celui qui contrefait à cette règle. Egalement, le règlement du même canal en 1757 prévoit d’engager des poursuites judiciaires contre tout particulier non prévu dans la répartition de l’eau du canal. Une liste de pariers (usager du canal), aujourd’hui dénommée « rôle » pouvait subsister.

Pour le canal du Bois localisé au sein du périmètre de la commune de Puy-St-Pierre, à l’instar d’un bon nombre de canaux, l’arrosage était proscrit le dimanche.

Il est nécessaire de mentionner, que de nombreux vols de tour d’arrosage avaient lieu, notamment la nuit. A ce titre, lors de la rencontre avec Maurice Bonnardel, ce dernier précisait que, lorsque il était enfant, envoyé à la nuit tombée, pour arroser et surveiller l’arrosage des parcelles de son père, il lui est arrivé à plusieurs reprises, qu’un individu en profitait pour lui voler le tour d’arrosage.

A Réotier, le système a fonctionné de manière moins « policière ». L’établissement des tours de rôle d’arrosage se faisait en bonne entente par hameau. Le maire avait l’œil sur la répartition. Aucun agent n’était mandaté pour faire respecter le bon usage. Quelques habitués de la « triche » se faisait parfois rabrouer par leurs voisins.

B- Organisation de la distribution

Selon certains canaux, la répartition de l’eau peut se faire uniquement par peyra (canal secondaire) ou par énumération des pariers (arrosants), qui ont le droit d’arrosage.

 

En général, la répartition de l’eau des canaux du Briançonnais, se fait selon le système decima sex hora (16 heures) également nommé sésence. Sachant que la paye est de deux heures, une journée compte donc 8 payes. Pour la majorité des canaux, l’arrosage était autorisé six jours par semaine.

Par la suite, cette répartition s’est basée sur la surface de la terre à arroser. Par conséquent, on découvre qu’à l’époque, à l’instar d’aujourd’hui, de nombreux conflits d’usages subsistent entre les usagers des canaux, et mêmes les non usagers.

 

  • La paye

Il s’agit du terme qui désigne un temps d’arrosage généralement étalée sur deux heures, en particulier sur la commune de Puy-St-Pierre. Le droit d’eau étant proportionnel à la surface, elle correspond également à une surface irrigable.

  • L’arrosoir

Un certain nombre de documents écrits mentionnent ce type de mesure, à l’image d’un règlement du Grand Canal de Ville de St-Chaffrey et de Briançon de 1757 qui précise que le canal aura la capacité de porter 16 arrosoirs d’eau.

Sachant que le débit d’un canal varie selon le temps, ainsi, lors de la fonte des neiges et lors du début de l’été, le débit se doit d’être plus important qu’à la fin de la saison d’arrosage (fin de l’été et début de l’automne). Ainsi, l’arrosoir correspondrait davantage à une notion de partage des eaux du débit disponible du canal, qu’à une mesure de débit proprement dite.

La mesure de débit des canaux est facilité par cette règle limnimétrique comme ici au captage de Manouel sur le torrent de Saint Thomas.

Pour contrôler et veiller à la répartition de l’eau du canal, les communautés rétribuent des gardes-canal ou des clercs. Aujourd’hui, cela semble moins courant, bien qu’il soit arrivé il y a une vingtaine d’année, l’embauche d’un garde-canal par l’ASA du Grand Canal de Ville (Alpes et Midi, 1993).

Il faut préciser que certaines infractions concernant les droits d’eau pouvaient être sanctionnées par des amendes, comme par exemple le non-respect du tour d’arrosage par les usagers. Une partie de cette amende revient alors à la cour du Dauphin.

On peut également citer un exemple concernant le canal des Reymondières. Ainsi, un extrait de délibération de 1763 condamne Claude Carlhian à payer une amende car il a agi sur le fonctionnement du canal (ébranchage) alors, qu’il n’en était pas propriétaire, donc sans droit d’eau… Il du alors payer une amende s’élevant à 42 livres. Cela peut montrait la rigueur de la règlementation de l’époque.

Pour irriguer, il fallait être en mesure de présenter au garde la marque d’arrosage, une sorte de fleur de lys ou de poinçon en métal, dont on retrouve encore aujourd’hui quelques exemplaires.

Marque d’arrosage (source SGMB).

 

Dans un autre cas qui semble plus récent (XIXème siècle), ce droit d’arrosage pouvait revêtir, la forme d’une carte de distribution d’arrosage, signée conjointement par les mansiers et par le maire. Il faut alors préciser qu’à cette époque, l’engouement pour l’eau des canaux était tel, que certains arrosants profitaient de la nuit pour se servir illégalement de l’eau.

 

C- La corvée :

La corvée des canaux est un évènement qui vise le nettoyage et la remise en eau du canal par les arrosants, principalement effectuée donc avant la remise en eau du canal, lorsque celui-ci est encore à sec, facilitant ainsi les différentes manœuvres. Elle est pratiquée depuis la création des canaux et ce, jusqu’à nos jours.

« Chaque année au printemps, aux jours et heures par la voie d’affichages, le son de la cloche municipale nommé le son du serre appelait tous les pariers à travailler sous la direction des mansiers, au regroupement et aux réparations de la communauté, proportionnellement à l’étendue de leur droit d’arrosage. Les pariers défaillants étaient soumis à une amende affectée au salaire des ouvriers embauchés à leur place. » (SGMB)

Les tâches effectuées aujourd’hui sont principalement les mêmes qu’hier : curage, élagage, brûlis…

 

 

Les outils du bon nettoyeur de canal selon Jean Dalmais, arrosant du canal Gaillard, sont la pelle, le râteau, le coup de botte, la pioche, la cisaille et, le taille canal ou marabia, dont le nom peut varier d’une commune à l’autre.

– La pelle sert à ramasser les tas de feuilles qui sont formés au fur et à mesure que le ratissage avance. Lorsque nécessaire, elle sert aussi à évacuer les dépôts de boue qui sont au fond du canal et qui limitent le débit du canal.

– Le rateau, lorsque le canal est à sec, permet de retirer les feuilles mortes, bouts de racines et petits morceaux de bois. Lorsque l’eau coule dans le canal, le râteau permet de racler la cuvette, à la recherche de bouchons naturels (boue et branches) et parfois d’objets divers (morceau de tuiles…).

– Le « coup de botte » est certainement un geste ancestral. Il servait et sert toujours à restaurer le dessous des berges. Techniquement, il est important de maintenir le fond de la berge en bon état en aval, car le travail de sape par l’eau doit être contenu.

– La pioche a deux utilisations. La première utilisation vise à prélever de la terre déposée au fond du canal, et de la coller dans le creux de la berge, avec la pelle. Suit postérieurement un « coup de botte », afin de bien fixer la restructuration de la berge.

La deuxième utilisation s’utilise dans les parties plus larges du canal, là où le débit de l’eau manque de vigueur, et elle a pour objectif, de creuser dans la cuvette du canal, pour lui redonner de la pente, sur cinq à dix centimètres de profondeur.

– Le taille canal ou marabia. Son nom est fréquemment sujet aux patois locaux, et varie donc souvent, d’une commune à l’autre. Il est certainement l’outil le plus ancien, encore utilisé aujourd’hui par les irrigants, lors de la corvée. Il a les mêmes fonctions que la pioche et la pelle, en offrant un deux-en-un.

– La cisaille sert à entretenir la végétation basse qui prend plaisir à se développer sur les berges humides du canal et parfois même par-dessus le canal. L’objectif est double : Limiter d’une part la chute de bois mort et des feuilles dans le lit du canal. A savoir que, pour certains arbres, l’usage de la tronçonneuse peut être de plus en plus utilisé.

Suite à ces travaux qui s’effectuent, lorsque le canal est généralement à sec, vient ensuite la remise en eau du canal nettoyé. Un ou plusieurs arrosants suivent alors l’eau et retirent les éventuels bouchons (terre et branchage) qui apparaissent à la surface de l’eau, afin d’éviter un blocage dans la cuvette du canal

Canal de Manouel. Un danger majeur pour les tronçons embusés : l’obstruction du conduit par des branchages. Si le bouchon coince à l’intérieur, le curetage peut être bien compliqué.

 

Le brûlis

Le brûlis est surtout utilisé en zone ouverte, là où il n’y a guère d’arbres. Il permet de nettoyer très efficacement les berges d’un canal. Aujourd’hui, il est strictement règlementé et parfois interdit, dans de nombreuses zones qualifiées de « sensibles » au développement d’un feu de forêt par exemple.

Il a surtout été observé dans les endroits ouverts de Villard-Saint-Pancrace et de Guillestre . Certains qualifient cette méthode, de « radicale », car en effet, elle supprime un certain nombre d’espèces, aussi bien végétales que faunistiques (escargots, insectes…).

 

D-La participation des arrosants à la corvée

A l’époque, la plupart des arrosants participaient à cet entretien du canal, considéré comme primordial. De nos jours, seulement 10% des usagers y participent (SGMB). Seule exception, l’ASL de La Roche-de-Rame, où on observe un taux de fréquentation qui s’élève à plus de 80% (Maurice Duc).

Dans un objectif d’incitation, les corvées, peuvent être accompagnées d’une amende si les arrosants n’y participent pas, ou d’un éventuel défraiement, ou même d’une réduction de leur redevance, s’ils y participent.

A la fin de la corvée, se déroulent fréquemment un apéritif , voire un repas.

 

E- La participation des enfants à l’irrigation

Il est intéressant d’évoquer la participation des enfants dans le fonctionnement des canaux. En effet, les enfants jusqu’au cours du XXème siècle, étaient employés pour un certain nombre de tâches. Aujourd’hui encore, il peut arriver, dans de rares cas, que certains enfants participent à la corvée, accompagnant leur parent.

Ainsi, à l’époque, dès l’âge de 10-11 ans, les enfants pouvaient arroser les cultures. En outre, ils étaient fréquemment placés aux pieds des prés, pour annoncer, quand l’eau arrivait en bas et si l’on pouvait déplacer l’étanche, l’outil permettant, l’ouverture ou la fermeture de l’eau dans les canaux secondaires et tertiaires.

Les enfants étaient également utilisés comme surveillants des tours d’arrosage la nuit, au cas où un arrosant tenterait de voler le tour d’arrosage de la famille de l’enfant.

Ce type de pratique semblait se terminer à la fin du XIXème siècle, comme le montre l’exemple d’un arrêté municipal de La Salle Les Alpes (1879) qui indique « que l’usage qui existe de mettre des enfants à la prise de canaux pour garder le tour d’arrosage de chacun, est un usage qui n’est plus de notre époque. Ces enfants restent privés de l’instruction et, en outre, font souvent des dégâts » (SGMB, 2007).

 

Enfin, en raison de leurs petits gabarits physiques, ils étaient fréquemment utilisés pour l’entretien délicat, de certains canaux, comme le nettoyage des buses ou, comme le nettoyage d’un canal traversant des affleurements rocheux.

 

 

UNE GESTION COLLECTIVE ASSOCIATIVE : Les ASA

A Réotier ces deux associations gestionnaires, sont moribondes, mais susceptibles d’être réactivées.

La première, la plus ancienne, l’ASA de Manouel ne fonctionne plus en tant que tel et la commune se substitue à elle pour assurer un minimum d’entretien. Le conseiller municipal Michel Collomb est responsable.

 

 

ASA du canal de Manouel
en sommeil gestion communale
Moins de 5 adhérents 3 Ha

 

 

La seconde, Durance rive droite continue a minima de fonctionner. Elle est présidée par Marc Castellacci, également conseiller municipal..

 

ASA Durance Rive Droite
Aspersion :
Canal de l’Isclette
6 adhérents 6 Ha

 

 
Les archives nous confirment que le fonctionnement des ASA de Réotier n’a jamais été évident ; que la mairie devait toujours s’engager financièrement pour équilibrer les comptes, permettre le remboursement d’emprunts et répondre aux injonctions de l’administration qui se plaint «d’un fonctionnement défectueux chronique » (1948) et de la non réalisation de travaux subventionnés (1935/1937). Le rôle de l’Asa de Manouel de 1950 affiche pourtant 24 propriétaires membres ?

Peu de Rotêirolles connaissent ces associations qui appartiennent pourtant à leur histoire séculaire. Relisons une fois de plus Florian Cibiel pour mieux situer nos ASA dans le contexte de notre région.

Ce sont majoritairement des ASA, au nombre de 30, qui gèrent les canaux du Briançonnais. Il convient donc d’aborder plus précisément, les aspects composant ces structures, dans une lecture d’abord générale, puis ensuite plus précise.

Il convient de traiter brièvement les différents statuts des associations syndicales qui gèrent les canaux dans le Grand Briançonnais.

Les Associations Syndicales sont des groupements de propriétaires constitués, en vue de permettre l’exécution et l’entretien à frais communs, de travaux immobiliers d’utilité collective. Parmi les quatorze travaux énumérés par la loi de 1865, figurent les travaux d’irrigation.

Une Association Syndicale peut donc être libre (ASL), autorisée (ASA) ou constituée d’office (ASCO) :

– Les ASA sont sous tutelle étroite du préfet. Le préfet autorise alors l’association après une Déclaration d’Utilité Publique, conférant à l’ASA un statut d’Etablissement Public, dont le comptable sera un des percepteurs de la zone. On dénombre 30 ASA qui gèrent les canaux d’irrigation du Grand Briançonnais.

– Les ASL ne sont pas soumises à la tutelle administrative de l’autorité publique et sont un simple regroupement de propriétaires, qui y adhèrent tous de leur plein gré. Il y a aujourd’hui 4 ASL qui gèrent des canaux d’irrigation au sein du Grand Briançonnais.

– Les ASCO sont des ASA dont la constitution a été imposée par l’autorité administrative qui estime que leur existence est indispensable à la réalisation d’un intérêt général. Il ne semble pas exister de structures gestionnaires de canaux d’irrigation de ce type sur le territoire.

Par ailleurs, il peut également survenir des cas de transition entre des types d’associations, ainsi, un canal peut passer d’ASL à ASA, plus rarement dans le cas inverse, à l’image du canal Gaillard et du Grand Canal de Ville

A- Structures atypiques privées/publiques

Les ASA sont des établissements publics à caractère administratif, régis par les dispositions de la loi du 21 juin 1865 et du Décret du 18 décembre 1927, actualisés et complétés par une ordonnance du 1er juin 2004. Elles remplissent à ce titre, des missions d’intérêts collectifs, et sont dotées de prérogatives de puissance publique en obéissant donc aux règles des personnes publiques.

 

Il faut cependant préciser que les ASA regroupent des propriétaires privés. Cela conduit donc à un statut « hybride » (SGMB), qui les placent comme des structures atypiques, puisque établissements publics, composés de propriétaires privés.

Ce sont des associations foncières dont les obligations sont attachées aux immeubles compris dans le périmètre. Elles restent donc liées à la propriété jusqu’à la dissolution de l’association.

Le fonctionnement se rapproche de celui d’une commune et tout problème juridique relève de la compétence des tribunaux administratifs.

Compétences générales d’une ASA

Il est à noter que les compétences des ASA peuvent concerner d’autres domaines que les canaux d’irrigation :

– la prévention contre les incendies, et tous autres risques naturels, pollutions ou nuisances

– l’assainissement des terres

– le curage, l’approfondissement, le redressement et la régularisation des cours d’eau, canaux, fossés, lacs ou plans d’eau

– la réalisation de pistes forestières et chemins d’exploitation

– les reboisements, et en général la mise en valeur de propriété

 

Deux textes fondateurs (1865/1927)

Juridiquement, les ASA sont régies par deux textes, consolidés par la jurisprudence :

Loi du 21 juin 1865, plusieurs fois modifiée

– Décret modifié du 18 décembre 1927

Le cadre réglementaire des ASA a évolué suite à l’ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004, ratifiée par l’article 78 (V) de la loi n° 2004-1343 du 9 décembre 2004 et complétée par la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008, qui tente de mieux prendre en compte les collectivités territoriales dans la gestion des ASA, permettant par-là, d’intégrer les différentes composantes des externalités (M. Lakdi) dans une perspective réglementaire.

Ces deux législations se fondent sur 5 principes (Garin et Loubier, 2002) qui reflètent de la volonté initiale de l’Etat. Ces structures doivent apparaître comme des outils d’aménagement du territoire :

– Aptitude à des financements publics pour des investissements.

– Préservation des investissements collectifs dans la durée en attachant les droits d’irrigation à la terre quasi-définitive et en imposant des travaux de confortement du réseau d’irrigation par le préfet.

– Renforcement de la transparence et de la «démocratie» en séparant l’ordonnateur et le receveur.

– Principe d’équilibre budgétaire relatif à tout Etablissement Public (contrôles…).

– Système règlementaire de fonctionnement autonome (gestion personnelle, répartition des tâches…).

Ces cinq principes s’inscrivent donc dans une gestion des ASA très cadrée, imposant aux structures, un certain nombre de règles à respecter, sous peine d’annulation de leur décision. Il convient néanmoins de préciser qu’en cas de graves dysfonctionnements de l’ASA, une certaine flexibilité de manoeuvre lui est associée, afin de résoudre les éventuelles difficultés sur le court terme.

 

 

B- Fonctionnement

Organes de gestion

Les ASA fonctionnent comme la plupart des associations : l’Assemblée Générale élit des syndics qui, eux-mêmes, élisent un Directeur (ou Président). Dans la pratique, l’association définit une surface minimum.

Chaque propriétaire dispose d’un nombre de voix établi au prorata, de la surface de la parcelle dont il est propriétaire, par rapport à cette surface minimum. Si l’ASA a reçu des subventions publiques, la puissance publique, peut disposer d’un nombre de voix établi au prorata, de ce que représente cette subvention par rapport aux recettes de l’ASA.

Les délibérations sont prises en suivant la règle des 2/3 :

– Majorité des propriétaires représentant les 2/3 de la superficie des terrains

– Ou 2/3 des propriétaires représentant plus de la moitié de la superficie

 

Tableau 7 : Fonctionnement d’une ASA (R. Lestournelle)

 

Rôle de l’Assemblée Générale Rôle du syndicat Fonctions du Président Personnel salarié (rare)
– bilan des activités,

– fixation du montant des emprunts

– modification des statuts,

– élection des syndics

– liste les travaux à réaliser,

– nomination des salariés de l’association et définition de leurs émoluments,

– gestion des marchés et des adjudications,

– mise en place du «rôle» et des cotisations à imposer aux membres de l’association

– délibération sur les emprunts

– contrôle des comptes,

– autorisation des actions judiciaires.

– exécution des décisions du syndicat

– surveillance de la conservation des plans, registres…

– préparation du budget

– négociation des marchés

Les ASA les plus riches peuvent aussi embaucher un secrétaire ou un garde-canal.

Ce dernier a pour mission de faire respecter les « tours » d’arrosage et de surveiller le canal, notamment en cas de fortes précipitations ou de prélèvements illégaux.

 

Budget

Les cotisations et la fiscalité

Les cotisations sont définies dans un « rôle » établi par le syndicat. Lors de sa création, l’acte d’association a déterminé les bases des cotisations, en fonction de l’intérêt, que chaque associé pouvait tirer de la coopération associative.

Cet intérêt ne dépend pas uniquement de la surface des parcelles concernées (cas de stations de pisciculture ou mini-centrale hydraulique…)

Le recouvrement est réalisé, comme pour des contributions directes, par un percepteur, ou par un receveur agréé par le Préfet. Les cotisations sont considérées comme des produits à caractère non fiscal. Ce sont des créances privilégiées qui peuvent être contestées dans un délai de 2 mois, à partir du moment où le rôle devient exécutoire. Elles ne peuvent pas être compensées.

En cas de manque d’eau, un associé peut être habilité à réclamer une diminution de sa cotisation, si cette carence ne relève pas d’un cas de force de majeure. À noter que le taux d’impayés est faible.

Montant du budget

La plupart des ASA ont un budget qui n’excède pas 10.000 euros et en zone de montagne, certaines ASA ont un budget inférieur à 1000 euros.

 

Les ASA et la propriété

Astreintes

Les obligations s’attachent à la terre et non à la personne qui en est propriétaire.

De ce fait :

– Un propriétaire qui n’utilise pas l’eau d’un canal ne peut prétendre être dégagé de ses obligations.

– Une collectivité publique qui exproprie une parcelle attachée à l’ASA devient, ipso facto membre de cette ASA. Mais elle peut proposer à l’Assemblée Générale de l’ASA que les parcelles ainsi expropriées soient exclues du domaine de l’ASA.

– Les héritiers ou le nouvel acheteur d’une parcelle attachée à l’ASA, deviennent associés au prorata de la surface acquise.

– Les taxes sont établies au nom du seul propriétaire, comme pour les impôts fonciers.

L’acte d’association, le statut de l’ASA ou son règlement, peuvent imposer aux propriétés impliquées dans l’ASA, des restrictions du droit de propriété lui permettant d’accéder aux ouvrages et de les entretenir : interdiction de construire, de clôturer, de planter des arbres dans une bande autour du canal…

 

Qui fait partie obligatoirement de l’ASA ?

Toutes les parcelles, situées en aval du canal porteur et qui ont été incluses dans le périmètre irrigable de l’ASA au moment où elle a été créée.

 

 

Il arrive souvent que, ce périmètre ne soit pas régulièrement actualisé, car les nouveaux propriétaires et les notaires, n’informent pas toujours l’ASA des changements intervenus et, le plus souvent, il n’y a pas de signalement au cadastre.

Les canaux sont également rarement pris en compte dans les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) et les Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT), documents qui définissent les choix à respecter dans l’organisation du territoire (communes et communautés de communes).

 

La pérennité de l’ASA

Le domaine de l’ASA est imprescriptible et inaliénable. Cela signifie que l’ASA existe toujours, même si elle ne remplit plus ses obligations depuis longtemps parce que le canal est abandonné. Cela signifie que les initiatives de remise en eau ne peuvent se faire en dehors de l’ASA qui doit alors être réactivée. Il est important de le rappeler car aujourd’hui, ces initiatives se multiplient, soit dans un but de valorisation touristique, soit pour faire face à une sécheresse croissante.

La subrogation d’une municipalité à l’ASA n’est possible que dans des conditions très précises : il faut que le Conseil municipal et le Conseil syndical de l’ASA se réunissent en même temps. Ce n’est donc pas possible lorsque l’ASA ne fonctionne plus.

 

 

Servitudes : Les textes de 1865 et 1927 ne sont pas très explicites sur ce sujet. C’est pourquoi la jurisprudence s’appuie sur le code rural (curage des canaux, berges des voies d’eau non navigables…), sur les usages locaux répertoriés par les chambres d’agriculture et sur le statut des ASA.

La plupart des ASA bénéficient d’une servitude de 3-6 m le long du canal porteur et parfois sur les ramifications secondaires (peyras) les plus importantes. Ces servitudes doivent figurer dans le Plan d’Occupation des Sols (POS) ou le Plan Local d’Urbanisme (PLU), les actes des notaires et les règlements d’urbanisme…

Ces servitudes sont parfois mentionnées sur les cadastres , la règle de base étant que l’usager doit pouvoir « suivre l’eau » depuis le canal porteur, jusqu’à sa propriété.

 

 

ANNEXES

Résumé des différentes techniques d’irrigation

Le tracé et le creusement des canaux du Briançonnais

 

Les courbes de niveau par gravité

 

La majeure partie du temps, les canaux d’irrigation suivent les courbes de niveau topographique, avec une pente inférieure entre 1 et 2%, dans un souci évident de gravité.

Cependant, il arrive, plus ou moins fréquemment, des « coupures » de ce rythme, avec des descentes, plus ou moins pentues, créant parfois des chutes d’eau et des cascades.

Le tracé des canaux s’explique en grande partie par la situation géographique et topographique des parcelles à arroser. Les canaux sont ainsi souvent creusés, à la lisière des premiers reliefs, afin de pouvoir arroser l’ensemble des terres en aval, et cela se retrouve à plus petite échelle, également sur des canaux plus courts

 

De l’amont vers l’aval ou le contraire ?

 

Les canaux, construits par tronçons, l’ont-ils été, de l’amont vers l’aval, ou de l’aval vers l’amont ?

Pour tracer des tronçons courts, une méthode empirique a pu être utilisée. C’est ce que suggère un dossier 1898 concernant le canal de Ville du Monêtier : « l’on considère que pour établir le canal à l’origine, il a suffi de creuser une petite rigole en suivant la pente du terrain », c’est-à-dire en procédant à l’implantation, de l’amont vers l’aval. Cette technique pouvait avoir l’inconvénient, de ne pas toujours aboutir au bon endroit, et qu’il fallait alors réajuster le tracé, en créant des canaux secondaires.

Selon J. Duplessis, il fallait abandonner la méthode empirique et avoir recours à un instrument de topographie. Or de quels instruments de topographie pouvaient utiliser les communautés rurales du Briançonnais au Moyen-Âge ? Les romains utilisaient le chorobate, qui consistait en un fil à plomb associé à un niveau d’eau rudimentaire, ce qui ne semble pas le cas des Briançonnais.

En outre, on a retrouvé les traces d’utilisation d’un matériel de topographie en 1820, avec le témoignage de Farnaud, qui lui, procédait de l’aval vers l’amont et n’avait donc pas ce problème.

Le creusement

Aujourd’hui, les canaux porteurs, s’ils doivent être modifiés ou recréés, ils sont généralement creusés,avec une pelle mécanique. Autrefois, les arrosants du canal faisaient sans-doute appel à la pioche. Il arrive encore que pour certaines petites peyras ou filioles, les irrigants utilisent la pioche. Cela ne pose pas de problème dans les terrains meubles, en revanche pour le cas des terrains plus compacts, la pioche peut sembler plus difficile d’utilisation, bien que ce soit arrivé, de manière plus efficace, la dynamite pouvait être utilisée, mais on y reviendra plus-tard, dans une partie consacrée à la nature des terrains.

Il faut ajouter que les dimensions des cuvettes des canaux étaient soigneusement surveillées, car le débit du canal en dépendait.

Il est intéressant de voir quelle est aujourd’hui la largeur de la cuvette des canaux encore utilisés. Une mesure faite sur 23 des 46 canaux du Briançonnais étudiés par Claude Dumont, le plus près possible à l’aval de leur prise d’eau, a donné les résultats suivants :

– Largeur supérieure à 1,6 m : 6 canaux.

– Largeur comprise entre 1 m et 1,6 m : 9 canaux.

– Largeur comprise entre 0,5 m et 1 m ; 8 canaux.

 

Les prises d’eau

 

Torrent de Saint Thomas et prise d’eau du canal de Manouel. Avant un long parcours souterrain jusqu’à Cériès, des précautions techniques sont à prendre pour éviter l’obstruction des conduits ( engravement, ensablement, barrage végétal..). Vannes, chenal avec grille et compartiment de nettoyage).
Le même captage en hautes eaux (mai 2018). Le canal ne peut être mis en charge qu’après vérification de son état pour éviter des inondations non prévues.

 

Site des prises d’eau

Les prises d’eau d’un canal sont majoritairement situées sur le côté concave d’une courbe du cours d’eau naturel. Souvent, les irrigants utilisent les synergies naturelles offertes par un cours d’eau, c’est-à-dire que la prise d’eau, est implantée dans un passage étroit et rocailleux de la rivière. Parfois, la roche apparente dans le haut du cours d’eau, forme alors un barrage naturel ou permet d’en édifier aisément un. On remarque alors fréquemment que les irrigants, lors de la construction de la prise d’eau, ont profité de l’avantage offert par le milieu naturel.

Pour le canal de Manouel, le site est imposé par la nécessité de monter haut en altitude pour récupérer un ancien tracé à Cériès et profiter de l’existence de la piste de la cabane de la Selle pour amener les engins par le haut. Captage sen aval du pont sur le torrent de Saint Thomas (1711m).Aménagement nécessaire pour dériver.

Captage du canal de Manouel en aval de deux ponts: celui en béton de la piste des Clollombs, celui en bois de la piste de l’Alp (1711m). Le plateau artificiel de captage (barrage-seuil) est régulièrement encombré de blocs.

 

 

Nature des prises d’eau

En général, un canal compte une seule prise d’eau. Cependant, il peut arriver des cas où un canal possède deux prises d’eau (deux cours d’eau différents), plus généralement en début de parcours, c’est le cas du canal du Béal Noir, de l’ancien canal du Génébrier, ou du Béal Neuf de Pelvoux, où en revanche, sa seconde prise d’eau est située plus près de son exutoire, que de sa première prise d’eau. En ce qui concerne les deux premiers cas, cela s’explique sans-doute par une première implantation non suffisante en apport d’eau. La seconde prise d’eau du Béal-Neuf de Pelvoux s’explique probablement par le fait qu’une fois arrivé à cet endroit, le canal n’était plus assez chargé en eau pour la distribuer aux parcelles.

Composition d’une prise d’eau :

– Barrage-seuil au travers du lit du cours d’eau (de moins en moins présents)

– Chenal d’entrée, dont la berge est implantée quelquefois, dans le lit du cours d’eau, parallèlement à la rive, ou en diagonale par rapport à celle-ci. Ce chenal conduit l’eau au système de la prise et le protège en cas de crues.

– Système de prise constitué de vannes d’arrêt (qui peuvent barrer le canal) et de vannes de décharge (permettant d’évacuer à l’extérieur l’excès d’eau du canal)

 

 

Protection des canaux : Faire face aux dangers principaux.

 

Le Briançonnais étant un territoire de montagne, de nombreux dangers menacent les canaux d’irrigation, pour les protéger, les irrigants ont alors mis en place un certain nombre d’ouvrages techniques.

– La nature des terrains

Les terrains que traversent les canaux d’irrigation dans une région montagneuse comme le Briançonnais sont de différentes natures (rocheux, graveleux ou sableux). Dans de tels terrains, le canal risque d’être inefficace si le sol est trop perméable, ou d’être endommagé par affouillement des parois s’il est trop friable. Les dégâts peuvent endommager l’intérieur du canal (la cuvette), ou l’extérieur du canal (berges), pouvant entraîner sa rupture.

– La pente :

Les canaux d’arrosage sont souvent creusés sur un versant dont la pente est plus ou moins forte. Sur des versants rocailleux à forte pente, des éboulements de rochers, et même des déracinements d’arbres sont susceptibles de boucher le canal.

En aval de la croix de Manouel, le canal en forte inclinaison, sur un tracé droit dans la pente de type torrent, a vu son revêtement complètement arraché. Il est réparé ponctuellement par des buses mais les pertes sont importantes.

 

– Renforcement des berges

– Plantations végétales :

Il est généralement admis que les arbres aident à maintenir le sol, notamment dû à leur système racinaire. Dans ce même objectif, les irrigants ont souvent opté pour la plantation de diverses espèces végétales, afin de fixer les berges des canaux d’irrigations (peupliers, saules, frênes, églantiers…).

En effet, on remarque bien souvent une ripisylve notable qui entoure les canaux, il est cependant difficile d’affirmer, si ces espèces ont une origine humaine ou naturelle.

La ripisylve est un environnement très riche pour la faune et la flore liées au canal. C’est aussi un danger pour la vie même du canal. Outres les feuillages et branchages saisonniers qui ont tendance à vouloir s’accumuler dans le chenal, des troncs d’arbres déracinés peuvent obstruer, voire détruire tout le canal, si l’arrachement entraine le système racinaire sous les berges ou le chenal. Ici au canal de Manouel,, la chute de l’arbre n’a pas eu de grosses conséquences, sauf à donner du travail aux corvéables.

– Pierres :

Une amélioration de la solidité de la berge inférieure peut-être nécessaire, car il peut arriver des infiltrations dans ces dernières, et par la suite des écroulements et débordements du canal.

Il est ainsi courant de renforcer les berges par des pierres noyées dans une terre aussi argileuse que possible. On retrouve ce genre de pratique dans de nombreux canaux.

Les troncs d’arbres :

Pour éviter le glissement et la destruction de la berge inférieure par les infiltrations, un renforcement peut être effectué à l’extérieur de cette berge, en posant contre celle-ci, les uns sur les autres, des troncs d’arbre horizontaux, parfois calés par des piquets de bois verticaux

 

– Une technique aujourd’hui plus courante : l’embusage du canal

Une technique employée bien souvent aujourd’hui est l’embusage du canal, il est par la suite enterré. Cette pratique laisse donc à terme disparaître la berge et il n’y a donc plus de problèmes de fragilisation de cette dernière. Il est évident aujourd’hui, que cette pratique prédomine sur celles citées précédemment.

Revêtement.

Le revêtement de la cuvette d’un canal d’irrigation (parois et fond du canal) peut être fait de différentes manières.

Parois du canal

Le revêtement des parois intérieures d’un canal peut être réalisé avec un matériau trouvé à proximité, la pierre, sous deux formes :

– Le revêtement de dalles plates schisteuses appelées lauzes, mesurant environ 50 cm de haut, dressées verticalement. Les lauzes peuvent occuper une seule paroi, comme les deux parois de la cuvette du canal. En outre, il peut exister une différence de taille entre les deux, généralement plus grandes au niveau de la berge amont du canal.

Lauzes sur le Canal de Manouel (Réotier)

Lauzes sur le canal de Manouel (Ph. Fl. Cibiel)

Rappelons qu’une grande partie de ce canal est faite en lauzes, et il est sans doute, le canal du Grand Briançonnais à détenir la plus grande longueur de lauzes, sur près de deux kilomètres. Un autre canal, mais abandonné dans sa partie amont, possédant des longueurs non négligeable de lauzes, est le canal de Rochas-Mouth sur les hauteurs d’Eygliers.

Les lauzes peuvent subsister dans des terrains variés, aussi bien en forêt, que dans les éboulis. Il semble néanmoins fréquent, que dans les éboulis, les irrigants fassent appel à lauze. Il y a de beaux exemples de lauzes sur la commune de l’Argentière-la-Bessée, sur deux portions abandonnées du canal de l’Eychaillon et du canal de l’Ubac. En outre, le Queyras est un secteur où l’on retrouve à de nombreux endroits des lauzes.

Le fond du canal

Pour étanchéifier le canal, aujourd’hui, les irrigants emploient dans de nombreux cas des matériaux modernes (béton, tôle ou métal)

La fin de vie d’un canal est assez pathétique : les derniers usagers sont venus « bricoler » pour essayer de récupérer un peu d’eau avec des moyens aussi dérisoires qu’hétéroclites. Ici sous Pré Michel au canal de Beauregard, des rigoles de fortune en tôle de toiture. L’étape suivante est souvent l’abandon et un aspect de dépotoir quand tous les matériaux de « secours » ont été laissés sur place.

-Terrains meubles

Lorsque le canal traverse des terrains plus meubles que ceux décrits précédemment, pour protéger le canal des chutes de blocs le long des versants, ou la fragilisation de ses berges, il existe un grand nombre de techniques.

Les buses

Depuis la fin du XIXème siècle, il est courant, pour le passage de terrains meubles, de faire appel à l’utilisation, de buses et de caissons en métal. Ce matériau a été remplacé au cours de la deuxième partie du XXème siècle, plutôt par des buses en PVC.

Il a été observé une seule fois un ouvrage de type RTM, dans une zone fragile à Risoul, sur le canal de Barbein, en soutien d’une buse métallique enterrée

  • Les murs de soutènement :

Sur ces versants escarpés, le canal peut être protégé par des murs de soutènement construits au-dessus de lui pour éviter les glissements et éboulements dans sa cuvette

Deux générations de murs pour tenir la berge amont du canal de Manouel à l’abri du comblement.

 

– Ton

Le canal est protégé par des dalles ou des pierres horizontales reposant sur des pierres verticales disposées le long des parois du canal

Les troncs

Le canal peut être protégé par des troncs disposés dans la pente au-dessus du canal

Obstacles anthropiques

Route

Pour franchir le passage d’une route, les irrigants utilisent un certain nombre de techniques dont les plus courantes consistent à passer par-dessous la route, à l’aide de buse, de tunnel ou de siphon.

Dernière piste de tirage de bois à Manouel passant sur le canal par une simple buse ciment recouverte de terre.

Les buses sont généralement en ciment, pour être suffisamment solides pour pouvoir supporter le poids de la route et des véhicules l’empruntant . Il s’agit de la technique la plus utilisée. Les tunnels sont là-aussi généralement faits en ciment, pour permettre le passage du canal par-dessous la route .

Variante : la piste de Pra Bouchard (dite du camp de la marine) passe sur le canal de Beauregard par des buses en acier. Equipement minimal, la buse n’étant pas protégée des contraintes mécaniques liées au roulement.

 

Chemin

Dans la majorité des cas, le canal, lors du franchissement d’un chemin, passe par-dessous ce dernier, dans des buses en PVC ou en métal. Plus rarement ont été observés des tons ou des tunnels pour le franchissement de ce type d’obstacle.

Obstacles naturels :

Ravins

Autrefois, lorsque les ravins et les talwegs traversés par le canal étaient larges, les irrigants évitaient de construire un ouvrage de franchissement, et le canal suivait alors la courbe de niveau. Aujourd’hui, cela ne semble plus être un problème, puisque l’on embuse.

Quand les ravins et les talwegs sont de largeurs plus modestes, ils peuvent être franchis par des ouvrages (buses et caissons) faits, avec des matériaux modernes ,mais il reste encore actuellement un certain nombre d’ouvrages, constitués de matériaux trouvés sur place, encore ou non en fonctionnement

Pour garder la courbe de niveau, le tracé primitif du canal de Beauregard franchissait le ravin du Clot par un aqueduc en bois, d’entretien bien difficile. Ce tronçon est désormais abandonné. L’eau du torrent de St Thomas n’alimente plus directement le canal.

 

 

Torrents

Lorsqu’un canal doit traverser un torrent ou un ruisseau, il peut le faire de trois façons.

– Le torrent se jette dans le canal

Il s’agit du cas le plus simple et le plus rudimentaire. Cela est possible quand la quantité d’eau apportée par ce cours d’eau n’est pas excessive et peut en outre, réalimenter en eau le canal, lors des périodes d’étiage de juillet-août.

Lors de la fonte des neiges, lorsque les torrents ont un fort débit, l’excès d’eau ne peut être absorbé totalement par le canal. Un système de vannes d’arrêt et de décharge, identique à celui utilisé à l’aval des prises d’eau, est nécessaire. Parfois, à la place des vannes, il peut s’agir de simples barrages de pierres. Ce système de régulation permet donc de retenir l’eau, ou de l’évacuer du canal. Il est admis que de tels systèmes lors de fortes crues, semblent peu efficaces.

 

– Le canal passe au-dessus du torrent

Autrefois, ce passage était réalisé grâce à un aqueduc disposé au-dessus du cours d’eau. Cet aqueduc devait posséder une arche suffisamment large pour permettre le passage de l’eau. Aujourd’hui, les aqueducs sont principalement faits en béton, en métal ou en bois.

 

Régulation du débit et de la distribution d’eau

Fonctionnement

Afin que l’eau dans les canaux d’irrigation puisse circuler normalement dans les tunnels ou dans les buses, à de nombreux endroits ont été installées des grilles, afin de bloquer les éventuels branchages. Elles sont généralement en métal, fixées dans du ciment, mais elles peuvent aussi être bricolées avec les moyens du bord. Il a été observé un cas de grilles en bois.

Grille du captage du canal de Manouel au torrent de St Thomas.

 

– Protection contre l’ensablement

Il y a quelques canaux qui sont confrontés à un apport important de sable, qui se dépose dans la cuvette des canaux, principalement dû à certains torrents. Ce problème a été rencontré plus fréquemment en Vallouise. A terme, le canal se bouche. Pour cela, certains gestionnaires ont installé des ouvrages que l’on appelle « désableur ». Il y en a de tailles différentes, l’ouvrage le plus monumental est celui du canal du Siphon à l’Argentière-la-Bessée, situé à proximité de la route natio

 

Régulation du débit

L’eau du canal porteur doit être maintenue à un niveau suffisant pour satisfaire le besoin des irrigants, dans une certaine mesure, afin d’éviter les débordements éventuels. Un certain nombre d’ouvrages permettent donc de réguler ce débit.

L’un d’eux est le système « vanne d’arrêt-vanne de décharge », constitué de métal ou de bois, utilisé plus largement dans la partie du canal appelé « tête de canal », c’est-à-dire, avant que le canal ne commence à distribuer l’eau aux premières parcelles. Comme il l’a été mentionné, un système primitif consistait à barrer alternativement le canal et l’ouverture dans la berge avec des pierres. De nos jours il y a encore de nombreux canaux utilisant cette technique, comme à la Roche de Rame

Vanne d’arrêt -vanne de décharge à l’entrée du canal de Manouel.

 

Distribution de l’eau du canal porteur

Ce même système est encore utilisé pour la distribution de l’eau, dans la peyra (canal secondaire), et la filiole (canal tertiaire).

 

Dans la majorité des canaux d’irrigation, le canal porteur distribue l’eau aux peyras par l’intermédiaire d’ouvrages de distribution que l’on peut ouvrir ou fermer selon les besoins.

– Le trouillet ou le partiteur

Aujourd’hui, le trouillet est appelé « partiteur », il permet de répartir les eaux, selon un rapport défini. Actuellement, on peut voir sur le canal Gaillard à Chantemerle, un partiteur moderne, remplaçant le trouillet de 1345, au départ de deux branches parallèles, l’inférieure arrosant Saint-Chaffrey, la supérieure destinée à l’arrosage de Briançon.

Ces termes de « trouillet », parfois également appelés « écluse » désignent plus généralement les ouvrages qui distribuent, l’eau du canal porteur vers les peyras. A Puy-Saint-Vincent, on les nomme « martelière ».

Canal de Beauregard en bien mauvais état au chenal presque comblé ; Beaucoup de pertes d’eau. La martelière de la peyra à gauche , inutile et inutilisée a été démontée avec son châssis.

En outre, quelques canaux d’irrigation sont dotés d’un partiteur dont le but est la division pour les prés et les jardins, notamment à Champcella et à Cervières.

 

Les vannes, de taille ou de forme différente, sont le plus souvent en métal, bien qu’il en reste encore un certain nombre en bois, et quelques fois, elles sont composées de ces deux matériaux. Par ailleurs, les vannes sont implantées, le plus souvent dans des encadrements en béton, plus rarement, entre des pierres

 

Peyra et filiole

Les peyras et les filioles, autrement dit, les canaux secondaires et tertiaires, qui permettent d’apporter l’eau, du canal porteur jusqu’aux cultures, sont utilisés aujourd’hui, dans une très certaine hétérogénéité. La technique de remplacement de ces deux types de canaux, se fait par des tuyaux, au diamètre restreint appelés « plymouths » . En outre, parfois les irrigants peuvent utiliser des bâches et des pierres en guise d’ouvrage de distribution ).

Derrière la Combe. Filiole remise en état et en service. Typique du système composite. Elle n’est plus alimentée par la peyra de Belourenc. Cette dernière avait été remplacée par un plymouth, permettant l’adduction en eau potable du quartier de la Combe et de la Grangette avant l’adduction de la Fontaine des Rois. C’est du trop plein d’un regard intermédiaire de distribution que vient l’eau du Rialet pour cette filiole.

Pour la distribution de l’eau par l’intermédiaire des peyras et des filioles, des vannes peuvent être utilisées, mais l’outil utilisé le plus fréquemment est l’étanche , ou parfois des pierres, taillées ou non en lauze. En outre, il peut être utilisé des moyens de fortune, comme des « tissus », associés à des étanches .

Etanche

Il existe des étanches plus modernes que d’autres.

Deux exemples d’étanches. A Réotier, elles étaient rares ; beaucoup étaient de simples ardoises ou lauzes.

 

 

Exutoire

L’exutoire désigne le point de rejet du canal d’irrigation, qui a généralement lieu dans un cours d’eau. Il arrive cependant, que le point de rejet d’un canal soit situé dans un champ , ou quelques fois, dans un autre canal , dont l’usage n’est pas obligatoirement destiné à l’irrigation, comme c’est le cas du canal de Ville de Monêtier qui se jette dans le canal de la Rotonde, source thermale de la ville.

A Réotier pas d’exutoire spectaculaire. L’eau est utilisée intégralement. Le surplus s’échappe dans les nappes ou un talweg de ruisseau comme le Rialet.

L’extraordinaire exutoire du canal de la Chalp à Guillestre. Un des motifs les plus suggestifs des paysages de la région. Peu de personnes mesurent la singularité de cette « cascade » qui n’est pas créée par la nature mais par un ouvrage artificiel humain.

Le plus bel exutoire de la région est sans aucun doute celui du canal du plateau de Guillestre sautant la falaise au dessus du Guil face à Montdauphin.

 

C- Embusage et Plymouth

Il convient d’aborder le thème de l’embusage et des plymouths plus particulièrement, puisque les canaux d’irrigation du Grand Briançonnais sont de plus en plus touchés, par ces techniques d’irrigation dont l’impact est important. En outre, il sera question dans cette partie, de traiter davantage de l’embusage partiel que de l’embusage total, qui peut ou non, conduire à l’aspersion, soit de type gravitaire, soit de type sous-pression.

Comme il l’a été dit précédemment, les buses sont utilisées par les gestionnaires d’irrigation pour de nombreux usages, et ce depuis le XIXème siècle.

Type de buses

Les buses sont généralement constituées distinctement de métal, de ciment ou de PVC.

– Buses en métal : Utilisées encore sur certaines zones, elles ne sont pratiquement plus mises en place de nos jours, elles font parties certainement de la « première génération » des buses, nées au XIXème siècle.

– Buses en ciment : elles sont tout aussi anciennes que les premières, en revanche, elles sont encore mises en place, notamment, dans des objectifs de solidité.

– Buses en plastique : plus récentes, elles sont généralement en PVC, ce sont les buses que les irrigants utilisent le plus fréquemment, surtout que, celles aux plus gros diamètres sont assez robustes, y compris sur petite route.

Tronçon totalement embusé sur le canal de Manouel.

En effet, la largeur, ou le diamètre de la buse, ainsi que son matériau, définissent donc sa robustesse. La longueur des buses varie, il existe des courts comme de plus longs passages busés. La buse est un élément d’assemblage, il peut donc convenir aisément à un embusage de plusieurs kilomètres, comme c’est le cas des canaux sous-pression.

Les buses peuvent êtres enterrées ou apparentes, ce qui pose question de son intégration dans le paysage. Il existe ainsi des buses plus intégrées que d’autres au paysage

 

Utilisation de la buse

Comme vu précédemment, la buse peut être utilisée, aussi bien pour franchir des obstacles (humains ou naturels), qu’en termes de prévention, notamment au-dessus d’une route ou d’une maison, afin d’éviter d’éventuels problèmes (Tableau 13). Par ailleurs, ils peuvent concerner aussi bien des canaux porteurs, que des peyras, notamment lorsque ces dernières se trouvent dans des zones urbaines ou péri-urbaines.

 

Tableau 13 : Différents cas de l’utilisation de la buse Obstacles naturels Obstacles anthropiques Prévention
Terrains compacts Sentier Au-dessus route
Terrains meubles Chemin Au-dessus maison
Ravins Route
Cours d’eau naturel Canaux
Maisons

 

 

 

Pourquoi embuser ?

Sécurité

L’embusage partiel, permet de franchir les passages délicats se présentant comme de véritables obstacles pour le canal, comme par exemple la traversée de moraines fragiles , des zones d’éboulements et des zones soumises à une érosion importante. Ainsi, ces buses permettent donc de sécuriser le terrain en le stabilisant et de protéger la cuvette du canal.

 

Lorsque le canal est soumis à d’éventuels risques, et qu’il reste à ciel ouvert, il peut être directement menacé par des éboulements et par des arbres déracinés. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé au cours de l’hiver 2016, sur une portion du canal de Champaussel, obstruant ainsi la cuvette du canal

 

Canal Longueur (km) Partie busée (km) Partie busée (%)
Canal du Moulin 0,97 0,2 20,62%
Canal de Manouel 5,71 1 17,51%
Canal de Beauregard 2,5 0,1 4,00%

La simple observation du matériau constituant la buse, est révélatrice de l’époque de sa mise en place et de son utilisation. Il est encore utilisé, un certain nombre de vieilles buses en métal et en ciment (la présence de mousse en est un excellent indicateur), cependant parmi les buses métalliques, de nombreux remplacements se sont réalisés, en faveur de la buse en PVC . Il a été remarqué, un nombre supérieur de buses en relatif bon état, avec beaucoup de buses en PVC et en ciment, assez neuves, ce qui conduit à penser que la tendance à l’embusage est belle et bien réelle.

 

Plymouth

Type de plymouth

Les plymouths peuvent prendre la forme de petits tuyaux, communs de l’arrosage des jardins, bien que la plupart d’entre-elles soient généralement d’un diamètre supérieur. Tandis que les premières sont utilisées exclusivement par les particuliers pour l’arrosage des jardins, la seconde est largement répandue, aussi bien chez les agriculteurs que chez les particuliers.

 

Le remplacement de la peyra et de la filiole, qui permettent l’arrosage final de la parcelle, par la plymouth, a considérablement augmenté cette dernière décennie, car d’après la SGMB, il y a encore une vingtaine d’années, « ces pratiques étaient marginales, voire quasi inexistantes ».

Aujourd’hui, les gestionnaires sont tous conscients de la croissante utilisation de cette technique, et l’acceptent pour la plupart, étant donné que dans un certain nombre de situations, les peyras et filioles ne sont plus utilisables.

Canal de l’Abeill à St Crépin. Abandon progressif. La peyra remplacée par un plymouth raccordé sur un mamelon bricolé sur l’étanche. Désormais tout est fini.

 

Inconvénients de la buse et de la plymouth

Bien que les irrigants aient de plus en plus recours, aux buses et aux plymouths, ces deux outils présentent néanmoins quelques inconvénients.

Raisons de la modernisation

La modernisation touche la plupart des ouvrages faisant fonctionner l’irrigation. La mise en place d’ouvrages en métal, en plastique et en ciment est le résultat de cette modernisation, globalement mise en place depuis le XIXème siècle, avec les buses, les plymouths, et les vannes, en chefs de file.

 

Types de modernisation

Il existe globalement deux types de modernisations des techniques et des ouvrages d’irrigation :

– Remplacement stricto sensu de l’ancien ouvrage par le nouvel ouvrage . L’ouvrage anciennement utilisé peut ou non être détruit.

– Ajout d’un nouvel ouvrage sur l’ancien ouvrage, servant toujours de base . Cela permet alors un fonctionnement plus efficace de l’ouvrage.

Canal de l’Ubac (L’Argentière-la-Bessée) cliché Fl.Cibiel.

 

Nature de la modernisation

Généralement, la modernisation des ouvrages ou des techniques d’irrigation se fait dans le sens suivant :

Matériau moderne (métal, ciment ou PVC) => Matériau ancien (bois, pierre)

 

Fragilité des ouvrages

Il peut exister deux types de fragilités :

– La fragilité d’un ouvrage de type ancien, de par son état dû à son âge et à son vécu. En effet, il existe des ouvrages d’un certain âge, qui fragilisés par le temps, sont menacés de disfonctionnement.

– La fragilité d’un ouvrage dit rustique, dû à ses caractéristiques. Ainsi, les prises d’eau sont peut-être les meilleurs exemples. Soumises aux risques des crues, une prise d’eau avec un simple barrage en pierres est plus vulnérable, qu’une prise d’eau par exemple maçonnée.

Il est alors évident que, si les gestionnaires des canaux d’irrigation souhaitent continuer à utiliser le canal de manière efficace, il est normal, de procéder au changement d’un ouvrage « défectueux », par un ouvrage en bon état de marche.

Le schéma classique de la modernisation, à savoir, le remplacement d’un ouvrage au matériau ancien, par un ouvrage au matériau moderne, est largement majoritaire au sein du Grand Briançonnais.

 

D-Quelle rentabilité ?

 

Il est intéressant de réfléchir à la question de la rentabilité selon le type de matériaux employés.

Il est clair que si l’embusage est fréquent, c’est qu’il s’agit simplement du matériau le moins onéreux pour les gestionnaires, qui pour la plupart, possèdent un budget très limité.

Lorsqu’il s’agit de la mise en place d’un petit caisson en mélèze, comme l’a fait l’ASA des canaux de la Bessée, par l’intermédiaire de personnes ayant des connaissances dans la menuiserie, la pratique semble favorisée. Cependant, la mise en place de caissons plus longs peut devenir onéreuse.

Si l’on passe en dehors de la question financière, certes déterminante, du type de matériaux employés, il faut avoir conscience que, la durée de vie du mélèze est bien plus longue que celle du plastique. Faut-il privilégier le court ou moyen terme ?

Car le long terme, pour les caissons en mélèze de ce type, peut paraître moindre que les caissons de mélèze réalisés il y a une centaine d’années, selon D. Lapoussiere, qui à l’époque, selon lui, étaient davantage travaillés avec du bois brut, plus résistant que le bois de mélèze retravaillé comme aujourd’hui, plus fragile. Auquel, il faut ajouter sans-doute, le paramètre de la qualité de l’essence du mélèze utilisé selon Denis Hédé.

Cette question de moyen et de rentabilité, permet d’aborder le type de modernisation que l’on peut appeler, la « modernisation bricolée », ou la « technologie du système D », qui peut pousser comme vu précédemment, des ASA comme celles de Rabiou, faute de moyens, à mettre en place des bâches dans la cuvette du canal pour l’étanchéifier. Plus précisément, elle n’est pas la seule à procéder à ce type de pratique. En remplacement ou en soutien des ouvrages de type ancien, encore utilisé, les irrigants utilisent de nombreux moyens de fortune, qui peuvent être qualifiés de « modernes » puisque ce ne sont ni du bois et de la pierre, mais des techniques parfois originales, pour faire fonctionner correctement le canal . Ce genre d’ouvrages se retrouve davantage sur les canaux secondaires et tertiaires, car c’est aux associés, d’en assurer la charge.

Etanche avec ouvrages de fortune (Canal du Bas de Guillestre)(cliché Fl.Cibiel)

Plus particulièrement, ce sont davantage les agriculteurs qui ont recours à ce genre de pratique, là où on arrose encore les prés, sans l’aspersion ou sans plymouths, avec la technique de la submersion. Ce genre de pratiques se concentre donc principalement sur les secteurs du Guillestrois.

 

LE PASSAGE A L’ASPERSION

Arrosage par aspersion à Saint Thomas grâce aux eaux du torrent de St Thomas.

Le passage à l’aspersion sous-pression constitue l’impact de modernité le plus tranchant sur le réseau d’irrigation gravitaire, puisque ce passage a – soit entraîné l’abandon du réseau gravitaire, – soit une forte diminution de l’utilisation de ce dernier.

La mutation agricole rencontrée par le territoire est une des causes principales du passage à l’aspersion. Les agriculteurs sont aujourd’hui de moins en moins nombreux, pour le nombre de parcelles à arroser, il est alors plus aisé pour ces derniers, de procéder à la mise en place de ce type d’irrigation s’ils veulent continuer à arroser leurs prés.

L’arrosage avec un système gravitaire nécessite un travail considérable, voire une réelle contrainte selon les témoignages des agriculteurs rencontrés. En outre, ils déclarent ne plus avoir assez de temps à consacrer pour un arrosage qui nécessite de la rigueur et de la patience. A contrario, l’aspersion permet de supprimer cet inconvénient.

 

Il existe actuellement huit canaux d’irrigation qui fonctionnent par aspersion au sein du Grand Briançonnais, principalement répartis dans le Guillestrois, et dans une moindre mesure dans le Pays des Ecrins, ce qui représente à peine 4% du réseau d’irrigation utilisé. Ce sont à la fois des communes, des ASA et des AFR qui gèrent ces derniers .

L’eau est envoyée sous une pression dans des appareils rotatifs munis d’ajutages qui la projettent en pluie à une distance plus ou moins grande suivant le type de matériel.

Gestionnaire de l’aspersion :

Réotier ASA Durance rive-droite

 

A Réotier l’aspersion est uniquement gravitaire. La pression naturelle est suffisante pour faire fonctionner le matériel de manière correcte. Ce matériel est plus moderne et performant sur le secteur de L’Iscle (St Thomas) que celui plus traditionnel de l’Isclette.
Le passage à l’aspersion dans « la plaine » n’a pas été une mince affaire non plus ! Le nombre d’agriculteurs concerné était réduit, mais ils louaient en plus des leurs, des terres à d’autres propriétaires non exploitants qui ont eu aussi leur mot à dire. Bref une situation assez compliquée qui laisse en héritage un système mixte : public privé. A l’Isclette, la mise en place des captages du Rialet puis de la Grande Combe fut exclusivement publique. A l’Iscle au contraire existe un double système de captage et de distribution : dans la partie amont, le captage sur le torrent de St Thomas est effectué par Michel Eymar pour alimenter un réseau privé permettant l’aspersion sur les terres familiales et sur les parcelles en location ; dans la partie aval c’est un réseau de conduites communales à partir du captage du ravin de Piolet, renforcé depuis par le trop plein du réservoir du Cros alimenté par l’eau de la Fontaine des Rois. La connexion des deux réseaux est possible ???

Le remembrement, plus tardif (fin des années 80) s’est organisé essentiellement en fonction de l’usage de l’irrigation par aspersion.
 

Les paragraphes suivants ne trouvent qu’une application partielle sur Réotier mais restent très utiles pour la compréhension du sujet.

  • Ouvrages

Il faut bien souligner que l’irrigation par aspersion est dotée d’un système qui repose davantage sur de la mécanique et de l’ingénierie, globalement plus lourds, par rapport à celui d’un système d’irrigation gravitaire, doté d’un caractère plus rustique.

Un certain nombre d’ouvrages permettent de faire fonctionner un canal sous-pression. D’emblée, il faut préciser, que dans le cas de l’aspersion, le canal est toujours embusé, généralement enterré. C’est le principe de la conduite forcée pour obtenir un maximum de pression.Il peut être canalisé dans des conduites dont les matériaux varient (fonte, PVC). En outre, un nombre non négligeable de ces ouvrages sont enterrés, puisque les conduites le sont.

 

Prise d’eau

Les prises d’eau peuvent être situées, à l’instar des canaux à ciel ouvert, aussi bien sur des cours d’eau naturels que sur des conduites.

Prise d’eau du torrent de Saint Thomas. Les maçons ont pensé à nous et ont gravé dans le béton la date du chantier : 1976.

 

Pompe

La pompe est l’ouvrage qui distingue clairement l’aspersion gravitaire, de l’aspersion sous-pression. En effet, dans la situation de l’aspersion gravitaire, l’eau s’écoule toujours par gravité, dans le canal qui est embusé, si l’on peut utiliser des petits asperseurs, c’est uniquement avec la force gravitaire.

Saint Thomas : tubes métalliques pour l’aspersion gravitaire.

L’aspersion sous-pression ne fonctionne pas forcement avec la pente, mais le plus souvent avec une pompe généralement électrique, dans des cas plus rares, une pompe fonctionnant à l’essence.

 

Régulation et distribution de l’eau

– La régulation :

Il est primordial de réguler la pression de l’eau, car elle arrive dans les conduites, depuis la prise d’eau à une pression élevée « dangereuse » pour l’irrigant, selon Bernard Garnier. C’est donc pour cela que les canaux par aspersion sont dotés d’ouvrages permettant la régulation et la réduction de cette pression d’eau.

– La distribution :

Les chambres d’eau

Les canaux sous-pression possèdent fréquemment des « chambres d’eau » qui permettent un regard sur la division en plusieurs branches du canal principal :

Les vannes

A l’image d’un canal à ciel ouvert, la distribution de l’eau se fait par l’intermédiaire de vannes, qui comportent un ou plusieurs robinets où l’on se branche avec un tuyau. Les vannes sont de taille variable, en fonction de la zone à arroser, ainsi, une vanne arrosant le jardin d’une propriété est de dimension inférieure, par rapport à une vanne qui arrose des prés.

Vanne pour l’aspersion à l’Iscle. Le regard béton censé protéger la tête de conduite a été déplacé pour permettre le raccordement des tuyaux métalliques.
A l’Iscle : vanne et raccord mixte : métallique et plymouth. ,Un enrouleur avec asperseur sous pression peut être raccordé.,

Les canons à enrouleurs

Pour l’arrosage des prés seulement, les irrigants utilisent fréquemment des canons à enrouleurs, reliés à une conduite d’amenée. Il est constitué par un gros arroseur rotatif mobile sur roues, le « canon », le long d’une ligne, alimenté en eau par une canalisation souple enroulée sur un tambour fixe près de la borne d’alimentation qui est « l’enrouleur » proprement dit.

La largeur d’arrosage dépend de la pression d’alimentation de la buse. A 5 bars à l’entrée du canon, la portée du jet est de l’ordre de 45 m en moyenne et la largeur arrosée de 90 m. La longueur maximale du tube de l’enrouleur est de 400m.

Enrouleur et Asperseur à Eygliers (Cliché Fl.Cibiel)

 

Les asperseurs

Ces outils, connectés à un tuyau dans lequel l’eau transite, permettent donc « d’asperger » l’eau, sous la forme d’une pluie fine, sur la parcelle arrosée. C’est le moyen utilisé le plus courant par l’arrosage par aspersion. L’outil peut prendre la forme d’un tourniquet, qui « asperge » l’eau de manière rotative. Il en existe des plus ou moins gros, selon la taille de la parcelle à arroser. Utilisé majoritairement par les agriculteurs, il peut néanmoins arriver que des particuliers utilisent un tel système, alors de taille moindre.

 

B-Les coûts d’entretien

Une des raisons du passage à l’aspersion est le rapport, entre le coût d’entretien d’un canal gravitaire et celui d’un canal par aspersion. En effet, lorsque les canaux d’irrigation à ciel ouvert, se situent sur des terrains de montagne sujets à de nombreux risques naturels (éboulement, crue…), son entretien aurait un coût, selon les gestionnaires, trop élevé pour le budget de leur ASA.

Effectivement, contrairement à l’époque désormais révolue, dans laquelle l’ensemble de la communauté participait aux travaux d’entretien, les gestionnaires n’ont alors que très peu le choix, que de mettre la main au porte monnaie hélas peu fourni. Il est alors, selon eux, plus aisé de passer à l’aspersion, qui fera disparaître ces problèmes de coût d’entretien (techniques et financiers), car la vision du faible coût d’entretien de l’aspersion est assez répandue chez les agriculteurs irrigants.

 

L’économie de la consommation d’eau ?

Il est courant de lire ou d’entendre, que l’irrigation par aspersion économise davantage d’eau, que les canaux à ciels ouverts. « Elle est beaucoup plus économe en eau (que l’irrigation gravitaire) et ne demande que, 1700 à 2300 m3/ha/an sous nos climats, par rapport à l’irrigation gravitaire, plus gourmande en eau, ses consommations allant, en Europe, de 3500 m3/ha/an dans le meilleur des cas à souvent plus de 10 000 à 12 000 m3/ha/an » (Jean Dunglas).

En effet, fonctionnant ainsi avec un robinet, il paraît plus pratique et plus économe, pour les arrosants de régler l’arrivée et la quantité d’eau, sur leur périmètre irrigable (jardins ou prés).

Pour autant, il est nécessaire de préciser qu’à de nombreuses reprises ont été remarquées des pertes importantes d’eau, aussi bien au niveau des vannes, qu’au niveau des enrouleurs . De plus, de nombreux arrosages se réalisent en plein après-midi, période à laquelle l’eau s’évapore considérablement.

 

Cet argument de l’économie de la consommation d’eau, en faveur de l’aspersion gravitaire ou sous-pression, semble s’inscrire dans une vision à court terme, car en effet, si les canaux d’arrosage finissent par être totalement embusés, dans une perspective future, outre les nombreux aspects patrimoniaux perdus, le niveau des nappes phréatiques sera réellement menacé, et un assèchement généralisé des milieux pourra se produire.

 

RÉFLEXIONS SUR LA DISPARITION INÉLUCTABLE DES CANAUX

A-Les canaux à ciel ouvert, un gaspillage d’eau ?

Une solution de court terme ? Le cas concret du remplissage des nappes phréatiques

Cette thématique traitant d’une externalité positive liée aux canaux à ciel ouvert, à savoir l’alimentation des nappes phréatiques par ces dernierse montre que si le canal est embusé, et finit par fonctionner par aspersion, la nappe phréatique n’est alors, plus que très peu, alimentée par ce dernier, puisque l’infiltration de l’eau en est grandement diminuée. Par ailleurs, si les nappes phréatiques venaient à baisser de volume, de graves risques écologiques risqueraient de se produire.Sur l’Iscle, cet abaissement de la nappe phréatique suite sans doute au trés important prélèvement de matériaux en aval face à l’Isclette, est manifeste pour Michel Eymar qui durant toute sa vie professionnelle à Saint Thomas a pu en constater la progression.

Cet apport à la nappe phréatique s’explique simplement par le fait que, la cuvette du canal étant à nue, directement en contact avec la terre, à l’opposé d’un canal embusé, l’eau naturellement épurée qui s’infiltre, recharge de manière naturelle cette dernière.

Présentation du phénomène :

Les infiltrations, liées aux pertes d’eau dans la terre, des canaux d’irrigation à ciel ouvert peuvent, soit réalimenter une nappe phréatique déjà existante, soit en créer une nouvelle.

La réalimentation de la nappe par un canal, se fait par des infiltrations d’eau ayant deux origines :

– depuis les ramifications primaires, secondaires et tertiaires

– depuis les parcelles irriguées.

Des situations « pittoresques »sont évoquées au Fournet à Réotier : quand Roger Brun des Casses arrosait un peu trop longtemps ses champs de la Romeyère sous Fontbonne,l’eau ressortait dans les écuries Domeni et Bernaudon au Fournet. De même le trop plein du chateau d’eau de l’adduction de la Fontaine des Rois finissait dans le canal abandonné du Fournet et inondait aux Garniers chez Domeni Alphonse Escoffier Louis. ll a été canalisé et dévié sur le ruisseau de la Grande Combe le long de la route des Sagnes, mais quand le regard d’alimentation de la conduite est obstrué, l’eau reprend son cours naturel et inonde les Garniers. Roger Escoffier remonte alors nettoyer le regard et tout redevient normal.

 

Le premier facteur d’infiltration de l’eau dans le sol depuis les canaux à ciel ouvert provient du revêtement physique de ces derniers. Ainsi, le revêtement conditionne l’importance des volumes d’eau restitués au milieu naturel. En effet, il a été nécessaire d’imperméabiliser un minimum la cuvette du canal afin d’avoir un transport d’eau efficace. Malgré cette imperméabilisation, des infiltrations subsistent.

Il faut ajouter qu’un certain nombre de paramètres conditionnent ces restitutions d’eau dans la nappe phréatique, comme les caractéristiques du sol (texture et porosité) et des roches (nature et perméabilité des roches. Un canal d’arrosage ayant un important débit n’est pas synonyme d’une restitution d’eau considérable dans la nappe phréatique. Ainsi, le taux d’infiltration de l’eau s’ajuste à la charge hydraulique appliquée sur les parois des canaux. Pour un même volume transité dans les canaux, plus le débit sera faible, plus la ligne d’eau sera élevée et plus les infiltrations seront importantes. Ainsi, les infiltrations vers la nappe depuis les canaux sont maximales pendant la période de pointe des irrigations, c’est-à-dire pendant la saison estivale (Ladki, 2004).

Importance saisonnière

La recharge des nappes phréatiques par l’intermédiaire des canaux à ciel ouvert subsiste logiquement pendant la période irriguée (de mai à octobre) et surtout pendant l’été lorsque les canaux véhiculent ses plus importants volumes d’eau. Cette restitution est considérablement importante et précieuse puisqu’elle intervient lorsque la ressource phréatique est la plus sollicitée.

La nappe phréatique est à son maximum en saison estivale, lorsque l’irrigation bat son plein , c’est donc une composante écologique importante (SGMB, 2007).

Graphique niveau des nappes phréatiques saisonnières et irrigation (Source : SGMB d’après «l’irrigation en PACA» de la Chambre d’Agriculture)

Il convient en outre d’alerter que si la nappe phréatique venait à diminuer grandement, sur le long terme, pourraient apparaître de grands risques de sécheresses.
Une fois encore la SGMB nous apporte de précieuses informations sur l’intérêt majeur des infiltrations des canaux aériens dans l’alimentation des nappes phréatiques et l’équilibre hydrologique des versants. Mathieu Pagés en 2017 dans une étude fouillée du Canal Gaillard et du canal Neuf prés de Briançon montre que les quantités d’eau infiltrées et épurées dépassent largement les valeurs supposées avant des mesures rigoureuses. Son travail dépasse le cadre de ce dossier mais on ne saurait trop conseiller de consulter son mémoire aussi bien pour la méthodologie du travail que pour la pertinence des conclusions.http://sgmb.fr/realisations-de-la-sgmb-sur-les-canaux.html#GW4lAkYo
 

  • B -La mutation agricole marginalise les derniers canaux

Cette évolution de l’utilisation des canaux d’irrigation est avant tout liée, à la mutation agricole du territoire. Pour mieux comprendre, l’utilisation d’aujourd’hui ou non, des canaux d’irrigation, il est intéressant de contextualiser, plus généralement, le phénomène de cette mutation agricole, entreprise au cours du XXème siècle. Aujourd’hui, la majorité des canaux sont utilisés par des particuliers et non des agriculteurs, principalement dans le Briançonnais.

Portrait agricole du territoire

L’agriculture du Grand Briançonnais est aujourd’hui dominée par l’élevage, principalement ovin. Il subsiste néanmoins quelques niches d’élevage bovin qui tendent à diminuer. Si l’élevage bovin est moins pratiqué que l’élevage ovin, cela provient du caractère sec du milieu naturel. Ainsi, de l’autre côté des cols du Lautaret et du Galibier, on remarque une composante bovine nettement plus conséquente qu’en Briançonnais, en parallèle d’un climat nettement plus humide (P. Arnoux).

Aujourd’hui, la plupart des cultures agricoles se cantonnent à quelques champs de pommes de terre et de luzerne, bien que la présence d’un certain nombre de choulières subsiste. La grande majorité des parcelles agricoles étaient, et est toujours, destinées au fourrage des bêtes.

Un nombre considérable de personnes âgées racontent qu’il y a encore une soixantaine d’années, le moindre lopin était fauché, jusqu’à des altitudes élevées (2500m), ce qui aujourd’hui est en pratique, très limité.

Par le passé, sur l’ensemble du territoire, les céréales étaient considérablement cultivées. A ce titre, les briançonnais cultivaient du froment, de l’orge, de l’avoine et du seigle (non irrigué)

La baisse du nombre d’exploitations agricoles…

Baisse du nombre d’exploitations agricoles et baisse de la superficie irrigable (Source : chiffres agricultures 2000/2010 AGRESTE Canton Aiguilles/l’Argentière-la-Bessée/Guillestre/Le Monêtier-les-Bains/Briançon Nord/Briançon/Briançon Sud)

Le nombre d’exploitations agricoles au sein du Grand Briançonnais est en importante diminution . Cela s’inscrit aussi à l’échelle nationale, ainsi, lors du recensement agricole de 2010, on comptait 515 000 exploitations en France, contre 665 000 en 2000 (Chambre d’Agriculture).

Ce sont les cantons de Briançon, de Guillestre et de Briançon-Nord, qui sont le plus touchés par ce phénomène, (respectivement – 46 % ; – 37 % ; – 35 %).
Les agriculteurs ne sont donc plus assez nombreux, pour entretenir le nombre de parcelles agricoles disponibles. De plus, alors que l’arrosage gravitaire nécessite un accompagnement et une gestion rigoureuse de l’eau utilisée dans les cultures, il paraît encore plus difficile pour eux de s’occuper de nombreuses parcelles agricoles (PAC). Cela entraîne donc chez un certain nombre d’agriculteurs, la mise en place de l’aspersion, à la place de l’irrigation gravitaire, ou encore, l’utilisation de plymouths. De plus, il s’avère complexe aujourd’hui sur certains secteurs, d’utiliser l’intégralité des ramifications gravitaires de manière traditionnelle car les peyras et surtout les filioles, sont abandonnées.

Par conséquent, on observe une baisse chronique, déjà constatée dans les années 70, des superficies irrigables. Ainsi, hormis l’Argentiérois, tous les autres cantons du Grand Briançonnais enregistrent des baisses de l’ordre d’au moins 50% (Tableau 16).

En outre, cette tendance ne semble pas s’améliorer puisque, selon le recensement agricole de 2010, au sein de certaines régions françaises, parmi les agriculteurs âgés de plus de 50 ans (et qui donc allaient cesser leur activité dans dix ans au plus), seuls 40% d’entre eux connaissaient le jeune agriculteur, ou la jeune agricultrice qui allait reprendre son exploitation. Localement, selon le témoignage d’un natif du Monêtier les Bains, sur les cinq agriculteurs présents sur le territoire, il semblerait qu’il y en ait qu’un seul, qui souhaite reprendre l’exploitation familiale.

… Combinée à la modernisation agricole…
Selon la Chambre de l’Agriculture, l’agriculture française est massivement dans une période de restructuration entamée, en France, comme dans le Briançonnais, depuis le début des années 1960 lorsque s’est mise en place, une politique agricole moderne, d’abord dans un cadre national, puis dans un cadre européen.
A titre d’exemple, les subventions de la PAC destinées aux agriculteurs, peuvent parfois encourager ces derniers à ne pas faucher leurs prés, en achetant du foin à des prix relativement bas. Cela conduit donc là aussi, à une baisse de l’utilisation de l’eau des canaux, bien qu’il s’agisse relativement d’une niche, car en effet, la majorité des agriculteurs fauchent encore leurs prés et même ceux, des autres propriétaires possédant des terres. Il y a même des cas comme à Puy-Saint-Vincent, où la totalité des prés sont fauchés par des agriculteurs n’habitant pas la commune.
Parfois, les principales terres sont arrosées quelques fois par le réseau gravitaire ou par des tuyaux captant l’eau dans un rif , permettant ainsi l’augmentation du rendement du fourrage

En parallèle, un grand nombre de prés sont fauchés sans un apport d’eau par l’homme, conduisant donc à une réduction de ses rendements.
A cela s’ajoute en plus, une baisse de l’utilisation des pratiques traditionnelles agricoles à l’image de l’abandon croissant et progressif des filioles, notamment avec le passage des tracteurs, ce qui tend à limiter l’utilisation du système gravitaire.

Conduisant à des abandons…
Tout cela peut conduire à un abandon de l’irrigation gravitaire. Sur la grande majorité des canaux comptabilisés dans l’ensemble du Grand Briançonnais (plus de 354), seulement une centaine d’entre eux sont encore utilisés, les autres, étant abandonnés.
D’un côté, certaines parties de canal irriguant initialement des zones agricoles sont abandonnées, car d’un autre côté, un nombre important de peyras et de filioles sont délaissées.

 

Par ailleurs, alors que la situation des canaux d’irrigation est rendue difficile par la mutation de l’agriculture et par l’augmentation de la périurbanisation, certains canaux à destination essentiellement agricole sont menacés de disparaître car pratiquement plus utilisés, ou plus utilisables alors que l’entretien lui, s’accroît.

 

  • Une autre raison de l’abandon des canaux :

La consommation de l’eau potable…

En fait, le type de « redevance » prélevée sur la consommation d’eau potable au niveau communal a été et est toujours, déterminant pour l’utilisation des canaux d’irrigation.

Depuis 2013, toutes les communes, et donc sa population, doivent théoriquement payer la consommation de l’eau qu’il consomme, en fonction de cette consommation, c’est-à-dire, sous la forme d’un compteur, qui la comptabilise.

Seulement, en pratique, une grande part des communes consomment encore leur eau, sous la forme d’un « forfait », qui ne prend pas en compte, l’importance de la consommation d’eau potable dans le prix payé à l’année

 

Cela a très clairement conduit à la baisse de l’utilisation des canaux d’irrigation, et parfois, à un abandon de ces derniers.

En effet, il était, et est toujours pour les particuliers, plus facile et rapide, d’utiliser l’eau de leur robinet, pour arroser leur pelouse ou leur potager, que d’utiliser le canal d’irrigation, au-dessus de leur propriété.

Aujourd’hui, même si ces derniers le voulaient, ils ne le pourraient plus, puisque les canaux sont abandonnés, comme c’est le cas au Monêtier-les-Bains.

Sur bien des canaux, à l’image du canal de Manouel à Réotier, selon Michel Collomb, cette pratique a clairement limité l’usage du canal, bien qu’il soit encore utilisé. Ce dernier garde cependant un relatif optimisme sur l’avenir des canaux de la commune, puisqu’en 2017, la commune devrait officiellement installer des compteurs. La population devant alors payer une consommation d’eau potable, bien plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui, réutilisera probablement l’eau du canal, bien moins chère que l’eau potable.Car en effet, les exemples du passé ont souvent montré la corrélation entre, le passage de la consommation d’eau potable au compteur, et la réutilisation des canaux par les particuliers.

 

Partie abandonnée des canaux Canal Partie abandonnée (km) Partie abandonnée (%)
Canal de Manouel 0,6 10,51%
Canal de Beauregard 0,3 12

 

 

Les gestionnaires de l’irrigation du Grand Briançonnais confrontés aux administrations.

A- Les lois sur l’eau

Aujourd’hui, en théorie, tous les canaux d’irrigation doivent justifier le droit de prendre leur eau, dans les cours d’eau naturels (torrents et rivières). En pratique, il existe encore des canaux d’irrigations et même des ASA, qui ne bénéficient pas de réel droit d’eau, et qui continuent encore à fonctionner.

Bien qu’avec les différentes lois sur l’eau, les ASA ont obtenu leur droit d’eau, il apparaît que ces différentes lois, posent un certain nombre de problèmes pour ces dernières.

Un ensemble de contraintes légales pour les ASA

Entamé depuis la loi sur l’eau de 1964, depuis une vingtaine d’années, un cadre législatif rigoureux concernant l’eau, et donc les canaux, a été mis en place par l’Etat français et par l’Union Européenne.

La Loi sur l’eau de 1992

La loi sur l’eau de 1992 a comme objectif principal de garantir la gestion équilibrée des ressources en eau. Promulguée sous le gouvernement Cresson, c’est l’un des principaux textes législatifs dans le domaine de l’eau, concernant notamment les canaux d’arrosage, avec la loi du 16 décembre 1964, relative au régime et à la répartition des eaux et à la lutte contre leur pollution. La loi numéro 2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques l’a ensuite complétée.

Cette notion de «gestion équilibrée» apparaît comme une notion floue et problématique chez ces derniers. Cette loi sur l’eau a été perçue chez les gestionnaires des canaux d’irrigation comme une bombe, en effet, alors que depuis la célèbre Charte des Escartons de 1343, donc depuis presque 700 ans, les briançonnais étaient libres quant au prélèvement et à la gestion de «leur» eau, et aujourd’hui, ça n’est plus le cas.

Article 1 : « L’eau fait partie du patrimoine commun de la Nation. Sa protection, sa mise en valeur et le développement de la ressource utilisable dans le respect des équilibres naturels sont d’intérêt général.

L’usage de l’eau appartient à tous dans le cadre des lois et des règlements ainsi que des droits antérieurement établis.»

Cette loi a donc pour objectif d’économiser l’eau et donc, de réduire les gaspillages.

D’autres textes législatifs :

Directive Cadre Européenne (DCE) sur l’eau en 2000

Cette politique communautaire européenne propose aux Etats de l’UE un cadre législatif dans l’objectif le bon état des masses de volumes d’eau (rivières et nappes phréatiques) pour 2015.

Loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) en 2006

Cette législation vise au respect de la DCE de 2000. Ses perspectives principales sont donc l’entretien, et la restauration des milieux aquatiques en procédant, à un rééquilibrage de la répartition de la ressource au profit des milieux hydrologiques. Les usages actuels doivent alors s’adapter à ces contraintes et les prélèvements jugulés selon l’état environnemental des bassins versants.

Schéma Directeur et d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SDAGE)

Ce schéma signé en 2009 détermine les orientations fondamentales d’une gestion équilibrée de l’eau ainsi que les aménagements à réaliser pour les atteindre sur l’ensemble du bassin. Les gestionnaires de l’irrigation doivent donc suivre les orientations de gestion de l’eau, fixées dans ce schéma.

 

Une redevance à l’Agence de l’Eau

Depuis la loi sur l’eau, confirmée par l’arrêté ministériel du 11 septembre 2003 et celui de 2008, les gestionnaires des ressources en eau sont contraints, de mettre en place des systèmes de mesures des volumes d’eau prélevés, afin de payer une redevance à l’Agence de l’Eau (Rhône Méditerranée Corse). Ces systèmes peuvent être soit des compteurs volumétriques, soit des échelles limnimétriques. Au sein du territoire étudié, les compteurs sont davantage présents sur les canaux par aspersion, tandis que les échelles concernent généralement les canaux gravitaires . Les relevés de ce comptage, peuvent être mensuels lors de la période d’irrigation, voire hebdomadaire lors de périodes de crises (orages…)

Le principe de cette redevance s’appuie sur la politique de préleveur-payeur, s’inscrivant alors plus largement dans la politique du pollueur-payeur. Elle prend en compte deux paramètres, la perturbation du milieu liée au prélèvement, et la consommation observée (ce qui ne retourne pas dans le milieu).

La redevance de l’Agence de l’Eau pour les prélèvements hydrologiques a été revue depuis notamment la LEMA. Ainsi, la redevance est proportionnelle au volume d’eau prélevé au cours de l’année avec fixation des taux pour chaque usage par l’agence de l’eau en fonction de la zone de prélèvement. Le seuil de perception des redevances est désormais fixé à 100 € au lieu de 175 € correspondant non plus à 30.000 m3 mais à 10.000 m3.

 

Une opposition classique, le local face à la vision étatique

A travers la réception de cette loi sur l’eau par les gestionnaires des canaux, deux visions des choses se laissent clairement entrevoir. On observe d’un côté une vision de l’Etat relativement générale, peut-être trop loin des territoires locaux, alors que du côté des gestionnaires, on observe cela comme de véritables contraintes, qui « n’ont pas lieu d’être » ; ce qui peut paraître pertinent, lorsque l’on sait que, la part de l’eau d’un canal gravitaire alimentant les plantes, n’est à hauteur que de 9 à 16%, le reste de cette eau alimentant alors soit la nappe phréatique, soit le cours d’eau naturel dans lequel il se jette. Pour cela, l’Agence de l’eau a octroyé aux ASA, une décote.

 

Selon les gestionnaires, le prix du m3 est incompatible, avec le budget des ASA qui se voit encore plus fragilisé. Par ailleurs, l’Agence de l’Eau perçoit une redevance, mais n’intervient pas dans le creusement ou dans le maintien des canaux, faisant donc payer le consommateur, sans lui fournir de service.

En outre, selon Pierre Arnoux, cela s’accorde difficilement avec l’esprit du Briançonnais, puisque ce dernier est traditionnellement, dans une relative liberté et indépendance par rapport aux directives étatiques, car en effet, depuis la Grande Charte de 1343, les Briançonnais étaient relativement libres, pour gérer eux-mêmes leurs affaires, au moins jusqu’à la Révolution, et notamment en ce qui concerne le prélèvement de l’eau.

 

B- Les problèmes de gestion administrative

Les ASA sont de plus en plus soumises à de lourdes contraintes administratives. Elles semblent tendre vers un fonctionnent qui se rapproche progressivement, vers une gestion communale.

Les contraintes de l’Etat

La complexité des logiciels de gestion comptable…

En ce qui concerne la gestion et la comptabilité des budgets des ASA, depuis récemment, les gestionnaires doivent non plus rendre leurs comptes à l’écrit au Trésor Public, mais sous forme dématérialisée, par l’intermédiaire de logiciels comptables relativement complexes (Magnus et Hélios). Cette réception par les ASA est majoritairement mal perçue.

Certains gestionnaires comme l’ASA de Pont de Cervières s’adaptent à cette tendance numérique et sociétale. Cela nécessite un investissement considérable, en temps et en argent, en effet, ces logiciels comptables nécessitent des formations payantes, et l’acquisition à un coût non négligeable du logiciel en question (plus de 700 euros/an).

La majorité des gestionnaires font appel à l’association FDSIGE (Fédération Départementale des Structures d’Irrigation et de Gestion de l’Eau des Hautes-Alpes) à laquelle ils ont adhéré. Ainsi, ce travail de comptabilité est ensuite délégué à la FDSIGE. Par ailleurs, pendant de nombreuses années, l’ancien président du Grand Canal de Ville, Pierre Arnoux, a considérablement aidé et soutenu les différentes ASA du Grand Briançonnais dans ces domaines administratifs.

Enfin, il arrive que les gestionnaires des ASA fassent appel à des tiers, comme des comptables de mairies, ou même à des employés à temps partiels. Ainsi, l’ASA des canaux réunis de Villard Saint-Pancrace fait appel à la mairie. Selon le président de l’ASA du canal Gaillard, il est envisagé pour l’association de faire appel à un employé à temps partiel, pour des travaux de secrétariat-comptable.

… Alourdie par des nouvelles charges

En effet depuis peu, selon Pierre Arnoux, l’Etat demande aux ASA d’établir des contrats de travail pour les associés qui participent à la corvée du canal. Cela demande donc encore plus de travail pour les gestionnaires.

Une implication non négligeable du syndicat et du président…

Face à tous les problèmes (eau, justice, agriculture, activités récréatives, urbanisation, gestion…) auxquelles les ASA des canaux sont confrontées aujourd’hui, pour les membres gestionnaires, l’implication est devenue considérable. Il suffit d’observer la difficulté de trouver un remplaçant au président sortant.

De plus, les responsables des ASA semblent être fréquemment mêlés aux conflits d’usage liant les arrosants. Ainsi, quand un conflit éclate, il semble que les intéressés appellent très fréquemment le président, qui doit ainsi jouer un rôle d’arbitre.

… A contrario d’une faible implication des usagers

Les arrosants apprécient les canaux puisqu’ils leur fournissent de l’eau à moindre coût, pour autant, ils ne s’investissent pas de manière significative au sein des ASA. Par conséquent, cette faible implication des membres externes au coeur gestionnaire des ASA accroît la difficulté de gestion pour les responsables.

Cela se remarque notamment lors des Assemblées Générales et lors des corvées (9% en 1981, SGMB).

Cela tranche particulièrement avec l’histoire des canaux. En effet, avant les années 60-70, la plupart des arrosants participaient activement à l’entretien du canal, selon le témoignage des anciens. Cela provient sans doute qu’aujourd’hui, à contrario du passé, l’agriculture et l’irrigation ne sont plus des activités vitales.

Il est intéressant d’évoquer le cas des canaux qui sont gérés par les membres eux-mêmes. En l’absence de réels cadres structurant précis, pour que le canal fonctionne correctement, il est nécessaire que les individus soient autonomes et dynamiques. Ce type de gestion semble relativement bien fonctionner, à en voir les exemples du canal du Ton ou du canal de Ville de Monêtier, bien qu’il existe des disparités d’investissements entre les individus selon plusieurs facteurs (personnalité, disponibilité et usage du canal).

 

Un plus au milieu des difficultés : Le soutien de la FDSIGE

Il est utile de mentionner le considérable soutien de la FDSIGE auprès des ASA. Selon Gilbert Tavan, son président, l’objet principal de cette association est de « représenter et de défendre les intérêts des structures d’irrigation et de gestion de l’eau du département des Hautes-Alpes dans le domaine technique, social, économique, juridique, administratif… » (Lestournelle, 2008).

Cette association intervient pour aider les ASA et leurs gestionnaires :

– Soutien technique et administratif, dans l’accompagnement des structures dans leurs démarches administratives, dans leurs difficultés croissantes de gestion des parcellaires démantelés (du fait de la création de lotissements, problèmes relationnels et juridiques….)

– Soutien dans les politiques locales en facilitant la défense des intérêts des structures d’irrigation auprès des autorités publiques départementales ou régionales

– Rappeler aux diverses administrations (Agence de l’Eau,….) le rôle et l’importance des ASA sur le territoire, en mettant l’accent sur les externalités positives liées aux canaux (maintien des zones humides et de la biodiversité, recharge de la nappe phréatique…)

Deception : L’agriculture

Il faut également préciser que ce non-respect des règles apparaît également chez les agriculteurs. Un certain nombre d’exemples montrent que les agriculteurs ou éleveurs, ne respectent pas certaines règles, conduisant ainsi à la détérioration, voire à la destruction des berges d’un canal, ce qui entraîne donc des complications pour les gestionnaires des canaux.

 

EN CONCLUSION :

QUE FAIRE DE CE PATRIMOINE ?

A- Patrimoine paysager

L’impact des canaux à ciel ouvert sur les paysages est une évidence. L’irrigation a été introduite par les hommes en réaction à la nature du milieu relativement sec. Les territoires ont été transformés par cette pratique agricole qui valorise l’espace, par la dérivation de l’eau des cours d’eaux naturels.

Ce développement d’un paysage vert et arboré apparaît comme, une des conséquences de la fonction structurante des canaux à ciel ouvert sur le long terme.

Les canaux d’irrigation contribuent donc, à l’identité du paysage et du territoire, aussi bien par l’image d’une eau qui coule de partout.

B- Patrimoine immatériel

Héritage communautaire

Dans une certaine mesure, les canaux d’irrigation gravitaire peuvent apparaître comme des structures sociales démocratiques historiques. Ils sont le fruit de la coopération entre les gens pour un même besoin. Quelle que soit la condition sociale de l’associé, chaque arrosant a le pouvoir de voter lors des assemblées, sous réserve d’être à jour de sa cotisation d’adhésion. La redevance d’adhésion est similaire et commune à chaque arrosant. Tous les associés sont encouragés à participer aux corvées, qui précèdent la mise en eau du canal.

Dans la perspective d’une société contemporaine française qui tend de plus en plus vers un individualisme chronique, les canaux d’irrigation et leurs structures gestionnaires ont tendance à entretenir le lien social entre les individus, donc les arrosants. Bien que ce soient les parcelles qui soient attachées à l’ASA, et non les propriétaires, ces derniers sont directement concernés.

Le canal permet une liaison entre les individus sur plusieurs niveaux.

Ainsi, les arrosants appartiennent à une même communauté partageant le même intérêt, à savoir, la possibilité d’utiliser l’eau du canal efficacement, à laquelle s’ajoute une dominante historique plus ou moins ancienne selon les canaux, car en effet, ce système d’associations est une déclinaison moderne des pareries médiévales. Cela conduit donc à renforcer un sentiment d’appartenance à un groupe chez les individus. Ainsi, il peut être valorisant pour un individu de se dire qu’il fait partie d’une communauté qui «existe» depuis plus de 600 ans.

Par ailleurs, afin que le canal fonctionne correctement, autrement dit, pour que chaque arrosant ait la possibilité d’avoir de l’eau, il convient que, lorsque les vannes et les peyras sont encore utilisées, les arrosants veillent à utiliser le canal rigoureusement, pour que l’eau puisse arriver sans encombre chez l’arrosant en aval. Cela s’inscrit directement dans une perspective sociétale, dans un rapport à autrui.

En outre, par l’intermédiaire des corvées, ou du simple fait même de la présence d’un usager près du canal (jardin, entretiens divers…), la proximité sociale est de mise et permet une rencontre et un échange entre les individus.

Génie rural : un savoir-faire historique

Dès leur création, les canaux d’irrigation ont nécessité des techniques, et un grand nombre d’aménagements de natures différentes, pour pouvoir amener l’eau, d’un point A à un point B, en la distribuant dans les parcelles à arroser. En outre, ces aménagements doivent pouvoir répondre aux contraintes du milieu aussi bien naturel qu’anthropique :

Tracé et creusement

– Prise d’eau

– Protection des canaux

– Traversée des obstacles naturels et humains

– Régulation et distribution de l’eau

– Exutoire

Cette adaptation, de l’homme à la diversité des milieux traversés par les canaux, conditionne la présence d’une importante présence d’ouvrages d’arts, dont certains qui sont anciens, subsistent encore aujourd’hui, et montrent que les populations d’aujourd’hui ont la même approche d’aménagement, que les populations d’hier, avec certes, généralement des matériaux plus modernes.

 

C-Patrimoine matériel

 

Les ouvrages d’arts sont donc avant tout des ouvrages utiles, destinés à garantir un bon fonctionnement du canal pour les usagers, bien qu’ils puissent produire selon les cas, une aménité architecturale et historique.

L’affaire de tous !

Réotier a la chance d’hériter d’un territoire qui est tout, sauf banal, équilibre entre l’oeuvre de la nature et celle encore bien présente du travail séculaire des hommes. Notre paysage traduit encore souvent les efforts pour maîtriser l’eau. Notre adret surchauffé en été, voit la couleur d’ensemble brune égayée de vastes taches vertes réparties sur tout le versant. Il attire la curiosité des touristes. Certains parlent d’oasis !

La population de Réotier devrait prendre conscience de l’urgence à réagir face à la mise à mal de ce patrimoine et à ses conséquences sur notre environnement d’aujourd’hui et de demain. La municipalité qui maintient à bout de bras ou se substitue par nécessité à nos deux ASA devrait trouver un soutien général. Il ne s’agit pas bien évidement de vouloir remettre en état un système d’irrigation qui ne correspond plus aux réalités du présent : le paysage rural vivant de notre adret irrigué appartient au passé. Par contre quelques actions peuvent profiter à notre présent où notre avenir. Elles entretiendront en tout cas notre paysage et la mémoire du labeur de nos ancêtres.Elles enrichiront notre culture collective.

Quelles priorités ?

Permettre d’abord à ce qui vit encore en agriculture de fonctionner correctement :

assurer l’alimentation en eau pour l’aspersion de l’Iscle et l’Isclette et soutenir l’activité pastorale.

Dans l’évidence du changement climatique accompagné sans doute d’un réchauffement des étés et d’une diminution de la ressource en eau, la gestion à plus long terme s’impose.

L’alimentation en eau potable par la Fontaine des Rois doit faire l’objet de toutes les précautions pour garantir sa sécurité et sa pérennité. Si la ressource devenait plus rare et nécessitait des restrictions d’usage, avoir anticipé la situation et avoir mis en place des mesures alternatives de substitution serait pertinent. Ainsi arroser avec l’eau des canaux survivants quand elle arrive peut devenir une saine habitude.

Que faire en priorité ?

  • Maintenir l’alimentation des nappes phréatiques de la Combe du Rialet : impact direct sur l’existence des sources, le biotope du milieu humide, l’irrigation des jardins, l’aspersion de l’Isclette…Pour cela entretenir un minimum le canal de Beauregard.
  • Entretenir au mieux le canal de Manouel, conditionnant l’usage de l’eau à Céries, le maintien des nappes phréatiques et la qualité des sols sur tout son parcours, l’irrigation aux Casses.
  • Sensibiliser les habitants à l’utilité d’entretenir de manière privée le petit patrimoine rural quand il peut présenter un intérêt culturel « testimonial ».
  • Permettre une forme de tourisme valorisant ce patrimoine par une meilleure connaissance et une communication de son existence. Un circuit touristique faisant un tour des ouvrages et des sites les plus typiques de Manouel et Beauregard pourrait devenir un « classique » des propositions d’animation touristique du Guillestrois.
  • Faire de Pra Bouchard (camp de la marine) une base naturelle, culturelle et touristique étendue à la Communauté de Communes pour son animation.


juillet 2016 : une visite commentée par Elsa Giraud, au bord d’un canal du Rialet aux Sagnes suscitait un bel intérêt des participants. A refaire et à faire connaitre.

 

FLORIAN CIBIEL et LOUIS VOLLE

 

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