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A l’étable. (Ph.Gh.Blanc).

 

 

Le Team Ghislaine et René BLANC en action

ANNÉES 80 : La fin d’une époque.

Les années 80 ont été terribles dans la spirale de disparition des exploitations agricoles de notre commune. L’un après l’autre les paysans trop âgés abandonnent leur activité, vendent leur troupeau. Il n’y a pas de volontaires dans les familles pour prendre la suite. La vie est plus facile dans les activités de l’industrie ou du commerce. Gagner plus d’argent, avoir du temps libre, des vacances, un habitat confortable…tout semble meilleur dans des modes de vie différents de ceux qu’ils ont connus à Réotier. Tant pis s’il faut quitter les Hautes Alpes et se fondre dans l’anonymat des villes.

Les plus attachés au pays, même s’ils ont fait des études universitaires à Marseille ou Grenoble, qui leur permettraient d’occuper des fonctions supérieures en restant en ville, choisissent l’administration ou des métiers tertiaires du tourisme ou du commerce pour continuer à vivre au pays natal. En travaillant à Guillestre, Embrun, Briançon ou dans les stations voisines on peut loger dans la maison familiale qui se transforme vite en habitat de type urbain, ou construire, une villa moderne sur un terrain agricole devenu constructible…tout prés de la ferme. Quelques uns, pluriactifs,  continuent un certain temps à exploiter à minima des terres agricoles et gardent quelques bêtes.

Le résultat de cette évolution est plutôt dramatique en termes d’avenir pour l’agriculture locale. Il n’y a pas d’exploitation à vendre ou à louer, pas plus les bâtiments que les terres. Les fermes sont le logement des paysans retraités ou de leurs enfants. Beaucoup de terres ne sont plus exploitées. Les friches gagnent les plus difficiles. Dans les successions, les partages morcellent encore plus le terroir, séparent bâtiments et sols. Les premiers, vendus deviennent des résidences secondaires. Parfois en cas de conflits entre héritiers, ils restent fermés, inaccessibles et se délabrent peu à peu.

Heureusement les derniers « jeunes » paysans qui ont décidé de ne pas jeter l’éponge, se battent comme des diables pour augmenter leur troupeau, louer des terres, rénover ou créer des bâtiments, intégrer la nouvelle donne agricole de la PAC, remembrer les plaines et mettre sur pied en 1988 un groupement pastoral.

NON CE N’EST PAS FINI !

C’est dans ce contexte que « débarquent » Ghislaine et René Blanc.

 

Ce ne sont pas des inconnus dans le pays. Le père de René a passé une partie de son enfance aux Clots de St Clément. Il resté attaché à cette terre. Il reviendra régulièrement, louant pour l’été et achetant même une ruine. Sa famille est du voyage et c’est sans doute dans ces moments que René contracte le virus de cette campagne.

030 Valabre 13 mars 1974 match contre Vallabre. Michaud à la balle il va se faire plaquer, derrière moi et Alfonsi, au fond Mickey
Valabre 13 mars 1974 match contre Vallabre. Michaud à la balle. (Ph.R.Blanc).

 

René  (le 2ème à gauche) est un sportif de bon niveau pratiquant le rugby régulièrement

Il a vécu son enfance à Aix où il a étudié les techniques agricoles. Devenu chef de culture il part travailler prés de Lunel dans l’Héraut à Marsillargues : il est chargé de l’amélioration des cultures, des pommiers, des légumes au CEHM (centre expérimental horticole de Marsillargues).

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Août 1982 : René chef de cultures à Marsillargues.(Ph.R.Blanc).

 

 

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René bien entouré. Il est rayonnant ! (Ph.R.Blanc).

 

Il a rencontré Ghislaine infirmière à Avignon. Ils décident de tenter l’aventure de la vie ensemble. Tout va bien pour eux. Trois enfants viennent bientôt élargir le cercle familial.

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Plutôt séduisante…pas seulement pour son chien. (Ph.Gh.Blanc).

 

 

 

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Pendant les travaux d’installation; (Ph.R.Blanc).

 

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Ghislaine et ses petits : premieres années à la Bourgea. (Ph.R.Blanc). 

 

Venant toujours pour les vacances dans la région de Guillestre et s’y plaisant toujours plus, ils finissent par acheter en 1984 la maison ruinée de La Bourgea où ils sont aujourd’hui. Madame Olivier, mère, y avait vécu autrefois. Pendant six ans il ne se passe rien …sauf que ce jeune couple entreprenant n’aime pas la routine, a bien envie de vivre quelque chose de plus excitant et nouveau.. Au début avril 1990 ils ont franchi le pas et se lancent dans l’aventure. Ils viennent à La Bourgea où ils s’installent dans des conditions très rudes. Il faut remettre la maison en état minimum pour se caser avec les enfants. Aucune commodité, pas d’électricité.

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Les premiers temps à la Bourgea, c’est comme au camping ! (Ph.R.Blanc).

 

Ils commencent dans la foulée leur activité agricole. La commune leur loue des terrains à l’Isclette au bord de la Durance. Ils deviennent maraîchers. Grace à leur énergie et un travail énorme, ils mettent rapidement l’exploitation en état de marche. Avec ces revenus la famille peut vivre modestement, transformer peu à peu la maison et se doter d’un matériel technique suffisant pour travailler correctement. On ne peut qu’être admiratif de la leçon de courage qu’ils donnent autour d’eux. Il faut réaliser ce que signifie vivre à la Bourgea en restaurant la maison, en travaillant la terre loin en bas dans la plaine, en élevant des enfants jeunes pour qui il faut jouer au taxi à de multiples occasions. Ces enfants ont sans doute  aidé à pérenniser une école menacée de fermeture, à franchir un mauvais cap démographique pour la commune..« Étrangers » au pays, les Blanc n’ont pas fait de vague, rien exigé. Ils ont bénéficié rapidement de la sympathie générale, devenant rotérolles d’adoption.  Sans problème René sera élu au conseil municipal et Ghislaine travaillera treize ans à l’école pour la cantine et le ménage, employée par la commune puis le SIVU.

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1990 : premières serres à l’Isclette. (Ph.R.Blanc).

 

RÉUSSITE ET EVOLUTION

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René aussi à l’aise en « représentation » que sur son tracteur (1997). (Ph.R.Blanc). 

lAu fil des ans l’exploitation évolue et se diversifie. René se lance dans l’élevage à son tour. Quelques vaches, quelques chèvres mais surtout des brebis de plus en plus nombreuses. En 2000 les cultures maraîchères ne sont plus la raison sociale de l’exploitation. René et Ghislaine sont éleveurs. Comme les bergeries de la maison ne suffisent plus une nouvelle bergerie moderne en dur et une grange sont construites sur un replat sous la Bourgea. Le troupeau montera jusqu’à trois cent têtes pour retomber aujourd’hui à deux cent vingt.

Il est temps de dire que René et Ghislaine sont des éleveurs modernes et avisés. Instruits, ils n’ont pas peur du véritable parcours du combattant administratif qui leur est imposé pour bénéficier des aides diverses, qui seules permettent à l’agriculture de montagne de résister à la concurrence des régions de plaines. Ils se coltinent sans rechigner ces montagnes de paperasses exigées par les diverses administrations. Aujourd’hui ils sont passés au numérique. Vous pourrez les voir devant leur PC, après avoir rentré les brebis, épandu le fumier ou tronçonné du bois. Cette capacité d’adaptation leur est reconnue : depuis 1994 René participe au contrôle du lait dans le nord des Hautes Alpes ; Ghislaine le pratique aussi dans une moindre mesure.

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Être éleveur implique beaucoup de formalités administratives. Toutes les bêtes sont identifiées et portent une « boucle d’oreille ». René pointe ici les agneaux qu’il sélectionne pour la prochaine livraison à Sisteron.

 

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Avril 2016 : le tri des agneaux avant la sortie du troupeau pour la saison

Ils  n’ont pas choisi la facilité mais une démarche de qualité. Leur élevage est lié contractuellement au label rouge « agneau de Sisteron » par leur inscription à la coopérative « Agneau Soleil ». Leur travail est ainsi très encadré par un calendrier déterminant une grille des prix d’achat de la viande, par le respect d’une alimentation agrée, les races de brebis (commune Préalpes+Mourerous). Mais à Réotier une contrainte s’impose : il faut impérativement que le troupeau passe l’été en alpage pour permettre les foins en bas. De la sorte les agneaux, à l’exception des tardons, naissent surtout au printemps, à partir de février. Après c’est la tonte. La sortie dans les prés se fait normalement le 8 mai. Deux mois à parcourir les prairies naturelles qui ne seront pas fauchées au niveau des hameaux ou des anciennes petites montagnes.

La encore René et Ghislaine ont fait ce qu’il fallait en participant dés le début de leur élevage au groupement pastoral. Ne disposant pas des terres propres nécessaires à leur activité ils bénéficient ainsi des conventions passées avec les propriétaires, la commune, l’ONF. Leur vécu dans le groupement a renforcé les liens avec les autres éleveurs ; le courant est passé, l’intégration est complète : René est aujourd’hui président du groupement pastoral.

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18 juin 2016 : inalpage à Bouffard. Le président et le berger. De vieilles connaissances !

 

 

LES BLANC PASSEURS DE RELAIS !

A la tête de cette exploitation modeste mais saine, Ghislaine et René pensent désormais à l’avenir. Réalistes, ils savent que leurs enfants ne prendront pas la suite, que personne à Réotier ne le fera non plus. Alors ils veulent passer le flambeau à des jeunes venus de l’extérieur…comme eux il y a vingt six ans. Il y a de la demande. Ils encouragent ces jeunes à prendre le relais. L’important pour eux est que la vie pastorale continue dans ces montagnes. L’expérience des trente dernières années prouve que c’est possible. Bien que ne comptant que quatre éleveurs, la commune nourrit plus de bétail que du temps du maximum démographique et les surfaces fauchées sont supérieures grâce à la mécanisation. L’économie pastorale est bien la formule qui a conservé le mieux les paysages, dans un équilibre entre les composantes naturelles et humanisées.