GERMAINE DOMENY mémoire vivante d’un siècle de vie paysanne à Réotier

 

Germaine Domeny est la doyenne de notre commune.

Quatre vingt quatorze ans bien tassés mais une vivacité d’esprit surprenante. Malgré les misères de santé qui réduisent sa mobilité et multiplient les douleurs diverses Germaine est accueillante, souriante et d’humeur positive. Elle se bat au jour le jour pour entretenir cette force vitale qui lui a permis d’être toujours parmi nous après une longue existence laborieuse. C’est une « sage »! Ses yeux qui ont vu tant de choses pas toujours faciles rayonnent de malice.

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Aux Moulinets. (Ph.G.Domeny).

Germaine, comme Jeannette Brun est une femme paysanne survivante d’une époque où appartenir au sexe dit « faible » vous faisait cumuler travaux agricoles, travaux domestiques et toutes ces « petites » choses non comptabilisées relatives à l’éducation des enfants et à la vie d’une famille au sens large. Une intense vie de labeur !

Fille de Laurent Collomb des Casses, Germaine est née le 4/11/1922. Elle a deux frères et deux sœurs. Sa jeunesse est semblable à celle de ses consœurs de Réotier : l’école communale et les travaux à la ferme pour aider la famille, surtout à la belle saison.

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(Ph.G.Domeny).

 

Germaine jeune beauté de carte postale

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(Ph.G.Domeny).
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(Ph.G.Domeny).

A 15 ans l’école est finie.Chaque hiver c’est l’émigration à Marseille où Germaine travaille en charcuterie. Pendant quatre ans jusqu’à la guerre. Dés les beaux jours c’est le retour au pays pour participer aux activités rurales. A Réotier c’est encore le système des petites montagnes dans lequel une partie de la famille passe l’été ou  une partie de l’été avec les vaches au chalet familial d’altitude. Pour Germaine c’est le Bas Villard, au Pré du Bois. Elle aussi est « rassière » : toutes les fins d’après midi elle monte des Casses au chalet pour traire les six vaches de la famille. Elle y passe la nuit, effectue la traite du petit matin, descend les bidons de lait au torrent. René Vincent vient bientôt les récupérer pour les emmener à Eygliers. Après …c’est le retour en vitesse aux Casses et les travaux agricoles ou de la maison. Sauf si c’est son tour de garde : au Villard les bêtes des familles Collomb, Bonnabel, Brun, Gensul sont regroupées la journée et gardées à tour de rôle. Les journées sont longues, fatigantes mais Germaine parle avec gaité de cette période : «  On était bien. On faisait notre petit train train. On était jeune et on aimait être ensemble ».

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Germaine « rassière » au tour de garde des vaches prés de la Selle. (Ph.G.Domeny).

 

A l’automne il y a peu de lait. On fait du beurre et des tommes à la maison.

La vie va ainsi jusqu’à ses vingt quatre ans. Germaine fait alors son baluchon, je voulais dire prend son « trousseau », pour descendre s’installer aux Moulinets et se marier avec Désiré Domény.

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Désiré Domeny bien encadré par Germaine et son frère Augustin Collomb.(Ph.G.Domeny).

Comme pour Jeannette Brun qui a fait le chemin inverse depuis les Mensolles, l’emploi du temps ne s’est pas allégé, bien au contraire : changement de cadre certes mais pas d’activité. La ferme exige un investissement total avec une douzaine de Tarines, une vingtaine de brebis, la basse cour…Les charmes de cette vie nouvelle en couple font partie d’un « pack ». Les travaux domestiques sont indissociables.

 

Germaine a de l’énergie et assure tout cela avec entrain. Comme elle est toujours « rassière » à la belle saison, elle ne part plus des Casses mais des Moulinets pour se rendre à la petite Montagne du Villard : trois cent mètres de dénivelé supplémentaires ! Jusqu’à la naissance de Marie France sa première fille elle monte à la montagne. Deux sœurs, Jeanine et Colette viendront compléter la famille. Il n’y aura pas de fils pour prendre la succession de la ferme. Les trois sœurs après l’école à Réotier s’orientent après leurs études en internat à Gap vers des métiers tertiaires qui les éloigneront de l’exploitation familiale.

Les années vont s’écouler vite malgré le labeur : « C’était la belle vie ! On se retrouvait tous. »

Germaine a conservé l’amitié de ses « copines » des Casses, en particulier celle de Marinette, la sœur de Jeannette. On se rencontre souvent pour les fêtes ou quand il y a accalmie des travaux.

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Germaine et Marceline l’amie de toujours.(Ph.G.Domeny).

Bien entendu on se déplace à pieds. Aller aux champignons à la Combe est habituel. Elle y rencontre Joséphine qui deviendra  sa belle sœur et habitera bientôt aux Casses dans sa maison natale. Joséphine Elzéard est devenue Joséphine Collomb. Pas d’auto chez Domeny mais plus tard Germaine pilotera une Vespa !

Les ressources de la famille sont modestes ; comme dans la plupart des familles. La seule entrée d’argent régulière est la vente du lait. On fait avec. On achète seulement l’indispensable, mais on économise pour essayer de profiter du progrès. La famille Domeny sera la première à utiliser un réfrigérateur, puis une machine à laver. Pour les travaux des champs Désiré sera parmi les premiers à investir dans l’achat d’un tracteur. Germaine prendra parfois le volant sur les chemins avec la remorque.

 

 

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9 janvier 1988. La « fête » du cochon. (Ph.G.Domeny).

 

Les temps vont devenir  plus durs pour Germaine quand Désiré tombe gravement malade. Il souffrira beaucoup et décède en mai 1974. La veuve Domeny continue seule l’exploitation jusqu’à l’âge de la retraite, soutenue par l’affection et la présence régulière de ses trois filles qui elles aussi font leur vie à Aix, Embrun et Puy St Vincent

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(Ph.G.Domeny).
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Germaine Domeny vendanges 2004.(Ph.G.Domeny).

Elle reste dans sa maison des Moulinets et comme Jeannette Brun essaiera enfin de mieux profiter de la vie, de voyager, quand c’est possible avec l’amie de toujours, Marinette. On la trouve en Corse, en Italie et même en Algérie.

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Germaine en grande forme lors d’un voyage en Camargue.(Ph.G.Domeny).

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Germaine et sa voisine des Moulinets, Michèle Hagard la bergère de Réotier.(Ph.G.Domeny).

 

Si vous la voyez au bord de la route aux Moulinets, appuyée sur son déambulateur, n’hésitez pas à la saluer. C’est une figure de notre montagne, elle est sociable, attentive à ses visiteurs. Sa conversation est riche. Elle est la première et la seule jusqu’à présent à me renseigner enfin sur la fruitière communale de Réotier crée en 1928 : «  C’était à La Bourgeat ! Vous savez la maison des Blanc ! Quand on était jeune il y avait un couple de savoyards qui ramassait du lait et faisait du fromage. Mais tout le monde ne lui vendait pas de lait. Nous, on ne lui en a jamais donné et on n’a pas mangé ses fromages. Pour nous c’était « le Vigné » ! Il n’était pas commode et nous faisait même peur. »

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La fruitière de La Bourgeat en triste état quand René Blanc commence ses travaux pour la rénover et l’habiter.(Ph.Gh et R.Blanc).

 

Cette fruitière disparaît face à la concurrence du ramassage de Nestlé. La commune mettra en location les bâtiments et les terrains attenants en 1948-1949. Elle tombe progressivement en ruine. Quand la famille Blanc en fait l’acquisition pour s’installer à Réotier, elle est inhabitable sans de gros travaux.